Une votation qui défie les milieux évangéliques

vendredi 24 janvier 2020

Le peuple suisse se prononce le 9 février sur l’extension de la norme pénale antiraciste à l’homophobie. Pour nourrir le débat, Marc Früh, responsable de l’Union démocratique fédérale (UDF) en Suisse romande, à l’origine du référendum qui combat cet ajout à l’article 261 bis du code pénal, et André Varidel, chrétien homosexuel issu des milieux évangéliques, répondent à trois questions.

La votation du 9 février sur l’homophobie divise les évangéliques, tiraillés entre la nécessaire protection des personnes fragiles et la liberté d’expression. Trois questions ont été posées par courriel à deux évangéliques d’avis opposés.

L’homosexuel est-il mon prochain, soit quelqu’un dont je dois prendre soin lorsqu’il est blessé, comme le ferait Jésus ?

Marc Früh : « Oui, tout être humain, même notre pire ennemi, a droit à l’accueil, à notre amour. »

André Varidel : « Jésus nous a montré l'exemple, pourquoi ne le suivrions-nous que sous condition ? Au grand dam des religieux de son époque, Jésus s'est préoccupé en priorité de tous ceux qui étaient les parias de la société d'alors, sans jamais les juger. Il s'en est approché, a mangé et bu avec eux, se mettant à table avec eux (symbole de communion dans cette culture), provoquant la colère des intégristes d'alors. Donc oui, le chrétien disciple du Christ considère la personne homosexuelle comme étant son prochain au même titre que n'importe quel humain, sans critère d'évaluation personnel. »

Si cette loi passe, pourra-t-on dire encore publiquement que l’on ne cautionne pas l’homosexualité ?

Marc Früh : « Certes vous pourrez encore dire cette phrase. Par contre à la question : Pourquoi vous ne cautionnez pas ? Il sera très difficile de répondre en dehors des lieux privés. Or enseignants, éducateurs, corps médicaux, pasteurs et médias doivent pouvoir parler librement et en public de la sexualité, sans avoir à craindre des sanctions qui peuvent aller jusqu’à trois ans de prison ou à une amende pécuniaire. L’interprétation de la loi n’est pas encore établie. Comment sera interprété le mot « … qui abaisse ou discrimine … » (article 261 bis §3) ? Dire « qu’un couple homosexuel ne peut pas procréer », ce qui est dans l’ordre des lois biologiques millénaires, pourra éventuellement vous amener au tribunal, car vous aurez abaissé la personne.Déterminer à partir de quel moment un discours est haineux est difficile à établir. Les critères sont subjectifs et la perception des paroles est liée à de nombreux étalons individuels. Ceci ouvre la porte à de nombreux abus, à une avalanche de plaintes, à beaucoup de travail judiciaire. »

André Varidel : « Rappelons qu'il ne s'agit que d'ajouter le critère de l'orientation sexuelle à une loi entrée en vigueur depuis de nombreuses années (janvier 1995), visant à protéger de l'appel à la haine et la discrimination sur la base de l'appartenance raciale, ethnique ou religieuse. La démonstration a été faite depuis toutes ces années que l'application de cette loi n'a pas empêché le débat, chacun ayant été témoins de discours et affichages pour le moins virulents et critiques à l'égard des groupes concernés. L'extension de la protection accordée par cette loi n'en changera ni le caractère ni les principes d'application. Donc oui, on pourra encore exprimer que l'on ne cautionne pas l’homosexualité. »

En résumé, pourquoi voterez-vous non, pourquoi voterez-vous oui le 9 février prochain ?

Marc Früh : « Je voterai non. Insinuer que le peuple suisse discrimine la communauté LGBT+ est inacceptable, car les gay Pride et leur présence médiatique prouvent le contraire. Des mouvements LGBT+ estiment aussi qu'ils ne sont pas persécutés et refusent d'être assimilés à des personnes incapables de se défendre avec les lois actuellement à disposition. Je dis donc non à une loi liberticide, qui empêcherait la condamnation des LGBT+ qui saccagent des magasins. Les sept attaques des succursales du chocolatier Läderach, partiellement détruits en raison de son opinion pro vie, sont des exemples à ne pas ignorer. »

André Varidel : « Je voterai oui, parce que la discrimination et l'appel à la haine sont une réalité que vivent les personnes LGBT+ et qu'il manque actuellement un outil légal pour protéger cette communauté fragilisée. Je voterai oui, parce qu'on m'a appris déjà enfant qu'il fallait tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler, et qu'une loi m'y invitant ne pose aucun problème.
Enfin, je voterai oui en tant que chrétien et disciple du Christ, parce que les exigences de l'Évangile m'invitent à accorder bien plus d'importance à la bienveillance qu'à ma liberté d'expression et que la Bible me dit (Jacques 1 :26) que "celui qui ne sait pas tenir sa langue en bride, sa religion est vaine". »

Propos recueillis par Gabrielle Desarzens

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