Torrents de vie-France : le pasteur Werner Loertscher répond à ses détracteurs

Serge Carrel vendredi 14 février 2020

L’automne dernier, l’association Torrents de vie-France a été mise en cause à la fois dans le livre-enquête « Dieu est amour. Infiltrés parmi ceux qui veulent ‘guérir’ les homosexuels » (1) et lors d’une audition parlementaire sur les « thérapies de conversion » en lien avec l’homosexualité. De passage en Suisse, le pasteur évangélique Werner Loertscher, président de Torrents de vie, fait le point sur cette affaire où le manque de clarté dans les termes utilisés n’a pas facilité la qualité des échanges et du débat. Rencontre.

Comment avez-vous perçu le livre « Dieu est amour » (1) ?

A Torrents de vie/France, nous savions qu’un journaliste s’était infiltré dans nos rencontres en caméra cachée… Au moment de sa parution, le livre nous a choqués parce que nous nous sommes rendu compte qu’il y avait un grand nombre de non-vérités. Les journalistes ont tiré de nombreuses conclusions à partir de leur propre vision des choses. Cette enquête mélange beaucoup d’éléments avec d’autres, grappillés aux Etats-Unis ou dans le passé. Nous n’avons rien à voir avec des « thérapies de conversion » où l’on intègre de la violence, des injections, des électrochocs ou de l’hypnose. Nous nous sommes demandé comment des journalistes pouvaient opérer de tels amalgames pour accuser et stigmatiser ainsi Torrents de vie.

Concrètement, quel accompagnement propose votre association ?

Nous proposons un accompagnement que toute Eglise ou que tout pasteur pourrait faire. Il s’agit d’abord d’un accueil de personnes en souffrance, qui se fait avec bienveillance et amour, sans critiquer qui que ce soit ou quoi que ce soit. Nous écoutons les personnes qui viennent parler de leurs souffrances, de leurs inquiétudes ou de leurs dépendances. Nous le faisons en lien avec la vérité de la Parole de Dieu, la Bible. Nous leur montrons qui nous sommes aux yeux de Dieu, que nous sommes aimés en tant que fils ou fille, en tant qu’homme ou femme, et comment Dieu peut toucher des motifs de souffrance dans nos vies aujourd’hui. Nous aidons ces personnes en priant pour elles et en comptant sur le Saint-Esprit et sur l’action de Dieu dans la vie de chacun.

Le grand problème derrière la polémique dans laquelle vous vous trouvez, n’est-ce pas l’emploi abusif du concept de « thérapie de conversion », qui renvoie à la médicalisation du « traitement » de l’homosexualité ?

Effectivement… et c’est cela qui est blessant ! De telles thérapies étaient effectuées jusque dans les années 80 par des médecins, par des spécialistes de la santé. Nous ne sommes pas des spécialistes du monde médical. Dans nos équipes, ce que nous souhaitons faire, c’est accompagner des personnes vers Dieu, vers une vraie rencontre de Dieu…

Lorsque vous parlez d’accompagnement, il s’agit donc d’un accompagnement pastoral ou spirituel…

Oui ! Cela n’a rien à voir avec le fait de sortir ou de guérir de l’homosexualité. Ce que l’on peut guérir, c’est un cœur blessé. Jésus de Nazarteh a toujours guéri les cœurs blessés. D’ailleurs, c’est pour cela qu’on l’a accusé et qu’on a voulu le mettre à mort.

Alors, n’est-ce pas là le problème ! Vous utilisez des mots comme « guérir » ou « guérison » et, ce faisant, vous laissez entendre qu’il s’agit d’une thérapie médicale…

Aux débuts de Torrents de vie, nous avons peut-être fait l’erreur de trop parler de guérison en lien avec l’homosexualité ou les pulsions homosexuelles. Nous en sommes revenus, non pas pour nous cacher, mais pour être plus clairs, sur ce que nous proposons.

Pour être clair : aujourd’hui, ce que vous proposez, c’est un accompagnement pastoral ou spirituel…

En fait, nous faisons beaucoup plus qu’accompagner des personnes par rapport à leurs problèmes de sexualité. Nous accompagnons ceux qui viennent à nous pour qu’ils puissent trouver leur identité…

Concrètement, qu’est-ce que Torrents de vie propose pour que les gens qui sont d’accord de cheminer avec vous trouvent comme identité ?

Il y a plusieurs éléments. D’abord nous mettons les personnes qui suivent nos formations en contact avec la Parole de Dieu, qui dit la vérité sur notre identité. Nous proposons ensuite la prière qui a pour but de conduire la personne vers le Christ. Nous ne voulons pas qu’une personne trouve son identité en elle-même, mais nous souhaitons qu’elle la trouve en Christ, parce que les personnes qui viennent nous voir sont des chrétiens. Donc nous enseignons qui est Jésus-Christ et quel est son ministère : nous conduire vers son Père, qui est aussi notre Père. Nous sommes convaincus que nous trouvons notre identité de chrétien en découvrant le Père, dans l’intimité du Seigneur Jésus-Christ, avec la puissance du Saint-Esprit.

Là, vous êtes en rupture avec des gens qui diraient : « Mon identité, c’est d’être homosexuel ! »

Oui, nous ne disons jamais à quelqu’un : « Tu es un homosexuel ! » ou « Tu es une lesbienne ! » Nous disons aux personnes : « Tu es un homme ou tu es une femme… Si tu viens ici, c’est pour savoir qui tu es. » Tout le monde a le droit de dire : « Je suis gay ! » Nous n’avons rien à dire contre cela. Mais nous croyons que c’est la personne du Christ qui nous apporte notre vraie humanité. Pas le masculin ou le féminin ! Jésus est la personne sur terre qui a vécu une vie d’être humain parfaite. Il peut donc nous aider à nous défaire de certains éléments erronés de notre vie, qui nous posent problème, pour trouver en nous ce que Dieu y a planté, c’est à dire son image. Nous sommes créés à l’image de Dieu et ce que nous souhaitons à Torrents de vie, c’est conduire les gens à retrouver ce qui reflète l’image de Dieu en eux. Cela peut comprendre une « guérison » d’une quête où on cherche durant toute sa vie son identité.

En vous entendant, certaines personnes pourront dire que vous ne les reconnaissez pas dans leur identité, donc que vous êtes homophobes…

Nous ne sommes pas homophobes ! Nous aimons les personnes homosexuelles. Nous souhaitons les aider. Nous les accueillons et nous prions avec elles. Après, ce que fait la personne, c’est de l’ordre de son choix. Nous disons toujours : « Qu’est-ce que tu veux ? Qu’est-ce que tu cherches ? Quelle est ta question ? Quelle est ta quête ? »

Ce que vous mettez en avant, c’est qu’il n’y a pas dans votre association de contrainte pour que les personnes accompagnées endossent une orientation hétérosexuelle…

Nous ne forçons personne. C’est à chacun de faire ce qu’il souhaite avec sa vie ! Notre rôle est d’annoncer la Parole de Dieu et de dire ce que le Seigneur a prévu pour l’être humain. Cela, nous ne pouvons pas le changer, parce qu’un jour nous aurons à rendre des comptes à Dieu de ce que nous aurons fait de sa Parole.

Envisagez-vous de publier des témoignages de personnes qui affirment que Torrents de vie a été décisif dans leur parcours personnel ?

Publier des témoignages de personnes qui ont un peu les mêmes problèmes que Monsieur ou Madame Toutlemonde, c’est possible. Mais publier des témoignages de personnes qui ont été homosexuelles et qui ne le sont plus, c’est dangereux (2). Il y a une sorte de tabou autour du changement d’orientation sexuelle. Ce qui est particulièrement étonnant, parce qu’aujourd’hui on peut changer de tout à tout. Il est possible dans le domaine de la sexualité et du genre de devenir ce que l’on veut. La seule chose qui est interdite, c’est de quitter l’homosexualité et de se dire hétérosexuel.

En France une mission parlementaire a mené une série d’auditions (3) et vous avez figuré parmi les personnes interrogées. Son but est d’interdire les « thérapies de conversion ». A votre sens, l’association Torrents de vie est-elle menacée dans son existence ?

Je ne pense pas. Torrents de vie ne fait pas de « thérapies de conversion ». Torrents de vie propose un accompagnement spirituel et on ne peut pas interdire le travail que nous menons. Il faudrait trouver des « victimes », des gens qui ont une raison de nous accuser de leur avoir fait du mal… Donc tant que vous trouvez des personnes qui sont venues chercher de l’aide auprès de notre association et qui en ont trouvé, il n’y a pas de raison de nous nuire.

Si on pouvait interdire notre association, on fermerait la porte à beaucoup de personnes qui cherchent de l’aide. Cela serait dommage !

Voilà plus de 25 ans que vous êtes impliqué dans Torrents de vie, qu’est-ce qui vous motive à rester à la barre, alors que vous essuyez de telles tempêtes ?

De tout temps, les chrétiens qui prennent au sérieux leur appel et qui prêchent la Parole de Dieu, ont été accusés. Jésus lui-même l’a été. Nous continuons cet accompagnement parce que nous sommes passionnés par ce que nous faisons. Nous avons ressenti un appel de Dieu très clair : aider les gens qui sont en difficulté. Nous voyons tellement de gens changer lorsque nous présentons la personne du Christ et que nous prions, que nous voulons continuer, avec l’aide de Dieu, à exercer ce service tant qu’il nous le permet.

Propos recueillis par Serge Carrel

Notes
1 Jean-Loup Adénor et Timothée de Rauglaudre, Dieu est amour. Infiltrés parmi ceux qui veulent « guérir » les homosexuels, Paris, Flammarion, 2019, 304 p. Voir aussi, en lien avec le livre, le documentaire de Bernard Nicolas, « Homothérapies, conversion forcée », diffusé sur Arte le 26 novembre dernier. Voir aussi notre recension de « Dieu est amour ».
3 Laurence Vanceunebrock-Mialon, députée de La République en marche, a lancé dans le cadre de son mandat politique une Mission « flash » d’information sur les pratiques prétendant modifier l’orientation sexuelle ou l’identité de genre d’une personne. Un rapport final a été publié le 11 décembre 2019.
Plusieurs auditions d’acteurs et de victimes sont disponibles sur le site des vidéos de l’Assemblée nationale française. Parmi celle qui concerne les milieux évangéliques, l'audition de Werner Loertscher, président de Torrents de vie, accompagné de Claude Riess, coordinateur actuel de l’association.

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