Pasteur Saïd, trois mois après la tuerie de Charlie Hebdo

mercredi 25 mars 2015

Du 20 au 22 mars, Pateur Saïd était en Suisse romande pour une série de spectacles et de rencontres. L’auteur des one man shows « Liberté, égalité, couscous » et du « Fils prodigue en version orientale » a fait le point sur l’émergence de l’islamisme suite à la tuerie de Charlie Hebdo.

« Si l’islam est amour et paix, pourquoi les autorités religieuses musulmanes n’acceptent-elles pas qu’un musulman comme moi soit devenu chrétien ? » Saïd est pasteur et comédien, Français d’origine marocaine. De passage en Suisse romande, il fait le point sur les relations avec l’islam trois mois après la tuerie de Charlie Hebdo.

Du respect pour les musulmans, mais le droit de critiquer l’islam

Dans son franc-parler de « rebeu » des banlieues, il opère une distinction, qui lui paraît centrale, entre islamophobie et musulmanophobie. Trop souvent, relève-t-il, certains acteurs médiatiques confondent ces deux discours. Il s’agit de respecter les personnes, mais de ne pas être « naïfs » par rapport à la vision du monde qu’elles véhiculent. Pasteur Saïd plaide pour le respect des musulmans et pour un accueil des migrants qui soit digne de l’Evangile de Jésus-Christ. « Les musulmans ont le droit de vivre leur foi en Europe de manière digne et dans le respect, souligne-t-il avec force. Mais il faut que nos sociétés maintiennent la possibilité de débattre librement de l’islam. »

Une fois ces deux principes posés, Pasteur Saïd déplore la manière dont les médias français ont présenté les djihadistes à l’origine de la tuerie de Charlie Hebdo ou de l’Hyper Cacher. « Ce ne sont ni des victimes, ni des paumés, ni des malades mentaux ! lâche-t-il. Dire qu’ils ne sont pas responsables de leurs actes est aberrant. Il faut rattacher le phénomène du djihadisme au Coran, et à certaines sourates qui sont de véritables incitations au meurtre et à la violence. » Il est donc important aujourd’hui, pour ce pasteur qui rencontre beaucoup de responsables religieux musulmans et chrétiens, de poser des questions aux autorités de l’islam.

Pourquoi pas d’égalité religieuse ?

Première question à poser : pourquoi l’islam ne parvient-t-il pas à accepter le principe de l’égalité religieuse entre tous les humains ? « Parce que tant qu’il n’y a pas égalité religieuse entre musulmans et chrétiens par exemple, il n’y a pas d’égalité civique », relève-t-il. Pour preuve la situation des chrétiens dans des pays comme l’Egypte ou l’Algérie.

Pasteur Saïd lance une deuxième question aux responsables religieux musulmans : « Quand accepteront-ils la conversion à une autre religion comme une liberté fondamentale de tout être humain ? Et pas seulement la conversion à l’islam, mais aussi les conversions de l’islam à une autre religion, voire à l’athéisme ! »

Une troisième question doit aussi leur être posée : pourquoi n’y a-t-il pas de réciprocité dans l’ouverture de lieux de culte ? « Quand les chrétiens algériens, par exemple, bénéficieront-ils de la même liberté d’ouvrir des Eglises que les musulmans algériens ou marocains d’ouvrir des centres islamiques en France ou en Suisse ? »

Une quatrième pratique n’est pas admissible, ajoute Pasteur Saïd : le fait qu’il est possible à un musulman d’épouser une femme issue d’une religion du livre, mais qu’il est impossible à un chrétien, par exemple, d’épouser une musulmane sans qu’il n’adhère à l’islam.

Refus de la tactique du grignotage

Pour permettre à la religion musulmane d’évoluer, Pasteur Saïd invite les chrétiens à être fermes et à ne pas se laisser vaincre par la « tactique du grignotage » que mettent en place certaines autorités musulmanes, qui, petit à petit, parviennent à faire passer dans nos sociétés occidentales des cantines halal, des horaires de piscine propres aux femmes… autant de pratiques qui n’ont pas à avoir cours dans les sociétés européennes. Selon ce pasteur et comédien, suite à la tuerie du 7 janvier, il est essentiel que les musulmans opèrent une relecture critique du Coran, et notamment des sourates qui appellent au crime et au meurtre des « infidèles ». Les Occidentaux devraient aussi se montrer beaucoup plus critiques à l’endroit de pays comme l’Arabie Saoudite, le Qatar ou la Turquie qui sont de véritables soutiens à l’expansion politique, sociale et cultuelle de l’idéologie islamiste.

Face au « tsunami islamiste » auquel nos sociétés ont à faire face, les chrétiens ne doivent ni se résigner, ni avoir peur. « Je suis chrétien, mais pas crétin ! lâche Pasteur Saïd. C’est notre mission de rencontrer et d’accueillir les musulmans, et de ne pas renoncer à un débat critique avec l’islam ! »

Serge Carrel

Serge Carrel

Serge Carrel est au bénéfice d’une formation double: théologique et journalistique. Après dix ans de pastorat en France et en Suisse romande, il a travaillé huit ans comme journaliste aux émissions religieuses de la RTS. Aujourd’hui formateur d’adultes et journaliste en lien avec la Fédération romande d’Eglises évangéliques (FREE), il essaie de tirer le meilleur parti de ce double ancrage. Que ce soit dans le cadre du FREE COLLEGE, de lafree.ch, de Vivre ou de la fenêtre chrétienne de MaxTV.

Formation reçue

Master en théologie (UNIL, 1986)
Centre romand de formation des journalistes (RP, 1996)

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