«Quelle liberté religieuse pour les chrétiens dans le monde?», une interview de Philippe Fonjallaz, directeur de Portes Ouvertes Suisse

(réd.) mercredi 20 novembre 2019

Dans certaines régions du monde, s’afficher comme chrétien est source de dangers. Certains le paient même de leur vie. C’est ce que rappelle le « Dimanche de l’Eglise persécutée » qui a lieu à différentes dates en novembre suivant les pays, à l’appel de l’Alliance évangélique mondiale.

245 millions. C’est le nombre que Philippe Fonjallaz, directeur de Portes Ouvertes en Suisse, articule quand il parle des chrétiens persécutés dans le monde. « Cela représenterait environ un chrétien sur neuf selon nos études », précise-t-il à Romanel-sur-Lausanne, dans les locaux de l’ONG. A l’occasion du « Dimanche de l’Eglise persécutée », le 17 novembre dernier en Suisse, il a répondu aux questions de Gabrielle Desarzens dans l’émission Babel, sur RTS Espace 2.

-          Qui sont les chrétiens persécutés dans le monde ? Peut-on dresser des catégories ou des raisons de persécutions différentes suivant les pays ou les régions de la planète ?

La persécution est relativement complexe. C’est difficile de la réduire à une cause précise. Mais on distingue en général la persécution « marteau » de la persécution « étau ». La première est violente. On peut citer par exemple en avril dernier les attaques d’églises au Sri-Lanka ou l’assassinat de fidèles et du pasteur dans une province du nord du Burkina Faso. Cette persécution « marteau », c’est aussi des déplacements comme en Irak, où les chrétiens ont dû massivement quitter la plaine de Ninive sous l’intimidation du groupe Etat islamique. C’est encore l’envoi dans des camps de travail comme en Corée du Nord. La persécution « étau », elle, prend des allures d’oppression au quotidien. Elle amène l’exclusion sociale, la discrimination dans l’éducation ou l’emploi. C’est une persécution qui imprègne la vie de certains chrétiens et qui est très pénible à vivre.

-          Quand vous parlez de cette persécution « marteau » ou de cette persécution « étau », j’ai en tête tout de suite la minorité musulmane rohinghia en Birmanie, ou encore les Ouïghours en Chine, Pourquoi mettre en lumière uniquement les chrétiens ?

La minorité chrétienne est une minorité religieuse qui souffre parmi d’autres selon les pays, nous en avons conscience. Notre choix est un parti pris, il faut le dire. Nous sommes une organisation chrétienne et nous pensons qu’il est important de solidariser l’Eglise du monde entier avec la situation difficile que subissent des chrétiens dans certaines régions. Cela répond à un appel biblique dans 1 corinthiens 12:26 où l’apôtre Paul dit que « si un membre du corps souffre, tous les autres membres souffrent avec lui. »

Cela dit, les affaires étrangères en Grande-Bretagne ont publié cet été un rapport sur la persécution, et en particulier sur la persécution des chrétiens, qui nous conforte sur le fait qu’il y a un sujet particulier à thématiser, à rendre public. Dans cette étude, les experts vont même beaucoup plus loin que nous en parlant suivant les pays de « christianophobie », par analogie à l’islamophobie ou à l’antisémitisme. C’est dire que le gouvernement de ce pays prend très au sérieux la situation de minorités chrétiennes dans le monde.

-          Est-ce que sur le terrain, vous vous occupez quand même des autres minorités religieuses ?

Notre accent est avant tout de soutenir l’Eglise locale, les chrétiens, pour qu’ils puissent vivre leur foi malgré les discriminations et les persécutions. Mais dans les faits, les églises sur place, elles, vivent vraiment le message de l’Evangile. Et quand il s’agit d’aider leurs prochains, elles ne vont pas faire la distinction entre des communautés ou entre différentes religions. Si je prends la Syrie, les églises sont source d’espoir et de soutien pour leurs voisins, qu’ils soient chrétiens ou musulmans.

-          Et pour ce « Dimanche de l’Eglise persécutée » en Suisse, vous avez mis la focale sur le Nigéria. Pourquoi ?

La situation du Nigéria est emblématique de tout ce qui se passe dans le sud du Sahara. Nous voulons sensibiliser les personnes en Suisse sur toute la ceinture subsaharienne, sur ce qui se passe au Nigéria, mais aussi au Burkina Faso, au Cameroun, au Mali. Autant de pays où la minorité chrétienne est aujourd’hui sérieusement mise à mal.

(réd.)

Une émission complète à écouter

Publicité

eglisesfree.ch

LAFREE.INFO

  • Pour aller plus loin face à la crise écologique

    Ven 16 avril 2021

    Les éditions Je Sème de la FREE viennent de rééditer un « classique » de la réflexion biblique et théologique évangélique en lien avec la crise écologique que nous traversons. Le livre de Dave Bookless « Dieu, l’écologie et moi », à nouveau disponible, est l'occasion de présenter quelques contributions marquantes, personnelles et livresques, autour de ce thème en lien avec les milieux évangéliques. Il y a de quoi lire, écouter et voir!

  • « Tu seras un homme, mon fils ! »

    Jeu 15 avril 2021

    Des soirées ou des virées entre hommes : la formule fait de plus en plus parler d’elle, notamment dans les sphères confessionnelles. Pourquoi ? Qu’est-ce qui s’y dit et s’y partage ? Alexandre Oehen, membre de l’église CityLife à Vevey, organise des « soirées feu » depuis 2018. Gabrielle Desarzens s’est invitée à la dernière et en fait l’objet d’un reportage pour Hautes Fréquences dimanche 18 avril à 19h sur RTS La Première.

  • FREE COLLEGE le 29 mai 2021 : « Des personnes homosexuelles dans l’Eglise » (date confirmée)

    Jeu 15 avril 2021

    La question de l’accompagnement des personnes homosexuelles dans les Eglises évangéliques fait débat dans l’espace public et dans les Eglises elles-mêmes. Au vu des indications de la Confédération tombées cette semaine, c'est bien le 29 mai prochain que le FREE COLLEGE, la formation d’adultes de la FREE, abordera ce thème. Proposition : se mettre à l’écoute de ce que la Bible dit, mais aussi de témoins qui, ces dernières années, ont cheminé en lien avec des pasteurs et des accompagnants évangéliques. Cette session a été remise à plus tard deux fois à cause des contraintes liées au covid-19.

  • Et si votre Eglise était« mosaïque »

    Ven 09 avril 2021

    Dans un livre intitulé « Mission Mosaikkirche » (« Mission Eglises mosaïques »), le pasteur Stephen Beck relate ses expériences dans des Eglises bien implantées dans leur culture, mais largement ouvertes aux migrants et aux étrangers, ainsi qu’à leurs cultures respectives. Un enrichissement pour nos Eglises !

Instagram

Suivez-nous sur les réseaux sociaux !