Sandra Roulet : l'art de garder l'espoir

lundi 02 mai 2011
Mère de trois enfants, Sandra Roulet a perdu son mari. Récit d'une traversée de l'abîme et d'une reconstruction.
C'est une maison en bois de mélèze, située sur les hauteurs de Tavannes. Elle a été construite, il y a quelques années, pour abriter le bonheur familial de Sandra Roulet, de son mari Antoine et de leurs trois enfants. A cette époque, la famille revient d'un séjour missionnaire de deux ans en Guinée Conakry. Les parents travaillent ensemble et partagent une passion pour la musique. Mais en novembre 2008, tout bascule. Antoine, décède dans un accident de snowkite*.
Aujourd'hui, Sandra Roulet, 41 ans, élève seule ses enfants. Elle dirige la section Jura bernois de la Croix-Rouge et fréquente l'Eglise évangélique de Reconvilier (FREE). Et elle vient de publier un CD de douze chants intitulé: « Garde l'espoir ».
 
Le drame, et après...
D'une voix douce et mesurée, Sandra revient sur les temps qui ont suivi le décès de son mari. Le drame est survenu de manière si brusque et inattendue que tout s'est écroulé d'un coup. « Je me suis sentie dépouillée, démunie, comme spectatrice de ma propre vie », confie-t-elle. Elle souffre. Elle souffre aussi de voir ses enfants malheureux. Cependant, elle expérimente « une paix surnaturelle, une paix intérieure sans pourtant être paisible ». Sa foi ne lui épargne pas la souffrance, mais elle lui permet de se réfugier en Dieu, de crier à lui, de dormir malgré tout et de se lever chaque matin pour ses enfants.
Une dame lui a dit un jour: « S'il y avait un Dieu, cela ne serait pas arrivé. » Mais Sandra Roulet évoque une tradition – vivace dans certaines régions d'Afrique – où une femme qui devient veuve est rejetée par son entourage, soupçonnée de porter une malédiction: « Je vis dans un pays où le commandement divin de prendre soin des veuves et des orphelins est respecté. Dans ma situation, j'ai reçu de l'aide et non du rejet ». Et elle énumère les facteurs qui l'ont aidée et qui l'aident encore à traverser ce temps de deuil.
Sa foi, bien ancrée depuis longtemps dans sa vie, lui permet d'affirmer: « Je n'ai pas douté de l'amour de Dieu pour moi. Pourquoi des malheurs n'arriveraient-ils qu'aux autres? Je n'ai pas de raisons de douter de l'amour de Dieu parce qu'un malheur arrive à moi plutôt qu'aux autres ». En pleine détresse, Sandra Roulet expérimente l'action de Dieu en elle: « C'est dans la faiblesse que ma puissance se manifeste pleinement » (2Co 12.9).
La compassion des autres a également été une puissante source de réconfort pour la famille Roulet. Sandra a apprécié des geste pratiques tels que l'aide d'un ami venu enlever la neige, la présence d'une amie qui a préparé des repas, les parrains et marraines qui se sont occupés des enfants, des invitations à des excursions... « Cela nous a fait beaucoup de bien, même si nous n'avions pas le coeur à nous amuser. Nous sentions que nous n'étions pas oubliés. Nous ne nous sommes pas renfermés sur nous-mêmes. »
Mais la compassion des autres a aussi été une occasion d'apprentissage pour Sandra Roulet: « Dans l'épreuve et la souffrance, j'ai appris à recevoir la générosité et l'amour des autres. Il est tellement bienfaisant de pouvoir pleurer sur l'épaule d'une personne disponible. Mais aussi, il est important de savoir dire ses besoins aux autres. »
 
De nouveaux horizons
Aujourd'hui, la mère de famille n'est pas sortie de son deuil, mais elle s'engage dans des projets pour elle et pour sa famille, parce qu'on ne « dissocie pas la souffrance et la renaissance ». Elle est pleine d'espoir pour ses enfants. Le papa leur manque, mais ils développeront probablement d'autres ressources à cause de ce manque.
Et à ceux qui la trouvent bien courageuse face à un tel deuil, à ceux qui n'arrivent pas à sortir d'un deuil, Sandra Roulet dit sa conviction qu'il n'existe pas de « petits deuils » desquels on devrait sortir vite et bien. « J'ai passé par des difficultés moins grandes, mais sur lesquelles j'ai beaucoup buté dans l'apprentissage du lâcher prise. Mais chaque difficulté nous permet de grandir ».

Claude-Alain Baehler

*Sport qui combine une voile de traction avec un snowboard ou des skis.

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