Philippe Gonzalez questionne le métadiscours des évangéliques des années 2010

lundi 03 février 2014 icon-comments 31

Le livre de Philippe Gonzalez "Que ton règne vienne" va susciter débat. Serge Carrel en propose une lecture positive à même de poser quelques bonnes questions aux évangéliques romands.

Avec son enquête Que ton règne vienne. Des évangéliques tentés par le pouvoir absolu (1), Philippe Gonzalez pose la question de la vision, du paradigme ou du métadiscours qui prévaut actuellement en milieu évangélique. Membre de l’équipe de traduction du livre de Stuart Murray, Radicalement chrétien ! Eléments essentiels de la démarche anabaptiste (2), ce prédicateur laïc mennonite questionne ce qui préside fondamentalement à l’action évangélique au milieu des années 2010.

Derrière la pratique ecclésiale habituelle, l’annonce de l’Evangile, l’appel à la conversion, la formation chrétienne, la relation d’aide… souvent les évangéliques véhiculent un métadiscours, une vision qui oriente leur action. Le métadiscours qui habite les charismatiques, adeptes de l’exorcisme des entités sociales et territoriales, véhicule une nostalgie de chrétienté et prône la reconquête ou le Réveil, afin de réinstaurer une société où se manifeste l’hégémonie chrétienne.

Pour Stuart Murray, l’auteur de Radicalement chrétien ! et pour Philippe Gonzalez certainement, « la chrétienté a déformé l’Evangile qu’elle prétendait professer » ! L’alliance entre l’Eglise et l’Etat, l’inscription de l’Eglise aux côtés des puissants, l’usage de la violence pour asseoir ses convictions, un renvoi de la figure de Jésus dans les marges, une lecture très peu concrète du Sermon sur la montagne… autant d’indices qui témoignent de la trahison commise par le système de chrétienté par rapport au fait d’être, au cours de l’histoire et aujourd’hui encore, un authentique disciple de Jésus.

Nous sommes actuellement en postchrétienté, affirme Stuart Murray. Il importe de se réjouir de cette nouvelle donne. Et de tirer le meilleur des 500 ans de tradition anabaptiste qui, dès le XVIe siècle et le temps des Réformes, a risqué une foi chrétienne dans les marges, à l’écart des pouvoirs et non violente.

Dans ce contexte, on comprendra que Philipe Gonzalez travaille le milieu évangélique pour lui permettre de se lancer courageusement dans des chemins de postchrétienté, marqués par des pratiques dissidentes, des idées inattendues, une expérience marginale, un témoignage paisible et la centralité de Jésus (3).

Merci donc à Philippe Gonzalez de lancer son pavé dans la marre et de poser par son Que ton règne vienne la question du métadiscours, de la vision de fond qui préside à l’engagement évangélique, et plus largement chrétien aujourd’hui (4). Un débat qui doit être mené. Absolument !
Serge Carrel

Voir notre présentation du livre de Philippe Gonzalez : « Dans ‘Que ton règne vienne’, Philippe Gonzalez trace l’évolution du ‘combat spirituel’ chez les évangéliques romands ».

Notes:
1 Philippe Gonzalez, Que ton règne vienne. Des évangéliques tentés par le pouvoir absolu, Genève, Labor et fides, 2014, 472 p.
2 Stuart Murray, Radicalement chrétien! Eléments essentiels de la démarche anabaptiste, Perspectives anabaptistes, Charols, Excelsis, 2013, 200 p.
3 Ibidem, p. 69.
4 En 2006, avec quelques membres de la Commission théologique de la FREE, nous nous étions aussi risqués à un essai – très modeste – de métadiscours ou de vision, qui pourrait présider à l’action de notre fédération. Voir « Pour l’avenir de nos Eglises AESR et FEEL, élaborons des projets communs ! »

31 réactions

  • Philippe Gonzalez lundi, 03 février 2014 13:23

    Un très grand à Serge Carrel pour le sérieux avec lequel il a lu mon livre, ainsi que pour son remarquable effort visant à en restituer les linéaments essentiels (cf. "Dans « Que ton règne vienne », Philippe Gonzalez trace l’évolution du « combat spirituel » chez les évangéliques romands").

    Dans son édito (cf. "L'amalgame, n'est-ce pas une forme de suicide de la réflexion sociologique?"), il pose une question très importante en avançant: "La juxtaposition de ces chapitres et la mise ensemble de ces noms [de différents acteurs évangéliques, tant suisses qu'étrangers] sans qu'il y ait de liens directs entre ces personnes suscite un malaise".

    L'amalgame est effectivement une faute dans le raisonnement sociologique. Mais, encore faudrait-il constater que c'est bien ainsi que procède cette enquête.

    De fait, dans l'ouvrage, j'aborde en passant la question de l'amalgame (pp. 293-297). Et il me semble avoir pris soin, à chaque fois, de préciser la nature de l'engagement des acteurs évoqués. Car, bien évidemment, toutes les personnalités évangéliques mentionnées dans cette recherche n'entretiennent pas les mêmes rapports vis-à-vis de certaines idées extrêmes. Toutefois, l'histoire montre combien un silence gêné a parfois pu se rendre complice des discours les plus dangereux, ou combien on peut véhiculer des idées problématiques à son propre insu, tout en étant animé des meilleures intentions. C'est pourquoi mon enquête tente de restituer toute la palette de ces positionnements, allant de l'adhésion la plus convaincue à l'incrédulité face à ce qui est professé, voir une pure et simple aversion.

    Ainsi, contrairement à ce qu'avance Serge Carrel, il me semble avoir documenté nombre de liens directs (et pas seulement indirects). Mais je laisse aux lecteurs le soin de prendre connaissance des détails de l'enquête pour juger par eux-mêmes de la pertinence des relations et des engagements étayés.

    Quel que soit notre désaccord sur ces points (et probablement sur d'autres), je ne peux que remercier Serge Carrel d'avoir ouvert cet espace de réflexion et de débat. Car la critique constructive constitue le meilleur hommage que l'on puisse faire d'un ouvrage scientifique!

  • Jean D. Vallotton lundi, 03 février 2014 15:27

    Que l'Evangile soit subversif j'en conviens. Comment Jésus a-t-il été perçu par les autorités politiques et religieuses de son temps, comment les réformateurs, les hommes de Dieu ont-il été percuss à leurs époques, comment Simon Menno (puisqu'il revendique une foi Mennonite) a-t-il été vu ? Les amalgames ont tué au cours des siècles. Placer des frères comme ceux cites dans le camp d'extrêmistes est grave, partce que dans la pensée populaire c'est les mettre dans le camps des sectaires, fondamentalistes dangereux, c'est les mettre dans le meme panier que des islamistes radicaux.
    Mais j'y reviens, oui, l'Evangile est révolutionnaire ou il n'est plus qu'un vernis social et moral.
    Jean D. Vallottom, Pasteur CAOG, Toronto

  • Samuel Gerber mardi, 04 février 2014 21:16

    Si la présentation du livre « Que ton règne vienne » reflète bien le travail d’un journaliste, l’encart qui suit est déroutant, le journaliste laissant la plume au polémiste.
    Le journaliste veut donner des leçons au sociologue « Le journaliste que je suis ne se permettrait jamais d'associer… »
    Dire que l’auteur ne cherche que le sensationnalisme et que de « telles dérives étaient réservées à des journalistes en mal d'espèces sonnantes et trébuchantes pour financer leurs travaux d'investigation » est tout simplement insultant.

    Amalgame : Mélange hétérogène de personnes ou de choses de nature différente. (Petit Robert)
    M. Carrel fait un lien entre les deux livres de Philippe Gonzalez et de Stuart Murray, alors qu’il n’y a pas lieu d’en faire.
    Car ces deux ouvrages sont de nature différente. « Que ton règne vienne » est une enquête basée sur des faits et des événements réels et vérifiables, menée par un sociologue selon des méthodes scientifiques. Ce livre a été rédigé par un sociologue avec des méthodes d’étude propre à sa discipline et non sous le chapeau d’un mennonite, bien que par souci de transparence, Philippe Gonzalez l’ait mentionné dans son introduction.
    Quant au livre de Stuart Murray c’est un manifeste en faveur d’un modèle d’église basée sur la tradition anabaptiste.
    Il n’y a pas de lien direct entre ces deux livres. Le lien est interne à Philippe Gonzalez. Si l’auteur avait traduit un livre sur la cuisine végétarienne, il n’y aurait pas non plus de lien à faire.
    Faire le lien entre les deux livres (amalgame ?) permet de déplacer le débat. Il ne s’agit plus de débattre des faits relatés dans l’enquête et de se positionner d’une manière transparente (sans se camoufler) sur les idées véhiculées par ces différentes organisations, mais de détourner l’attention vers un tout autre débat, celui du modèle d’église mennonite.
    Le modèle mennonite ne peut pas convenir à tout le monde et on peut avoir des opinions différentes à son sujet. Les anabaptistes ont d’ailleurs succombé à des tentations au long de leur longue histoire (Münster, puritanisme, légalisme…) et est de ce fait critiquable.
    « Que ton règne vienne » ne prône pas un modèle d’église, mais dénonce une dérive idéologique à visée politique.
    C’est d’une toute autre nature que de faire entendre la voie mennonite, dans l’acceptation de la pluralité des opinions.
    Ces deux débats ne peuvent être amalgamés. La confusion des ordres (dans le sens d’ordre pascalien) ne conduit jamais à plus de compréhension intellectuelle ou humaine.

    Samuel Gerber, Porrentruy

  • Serge Carrel mercredi, 05 février 2014 04:49

    Cher Monsieur Gerber,
    Un grand merci pour votre réaction. Il m'a semblé important de faire ce commentaire autour du "métadiscours" des évangéliques pour montrer que Philippe Gonzalez, tout en étant sociologue et un sociologue compétent, oeuvre aussi à la réflexion interne en milieu évangélique... Cela ne donne-t-il pas un autre éclairage à son livre "Que ton règne vienne"?
    Par ailleurs, comme vous le savez certainement, Stuart Murray n'est pas pas mennonite, et sa réflexion ne s'inscrit pas dans ce cadre-là, mais dans un cadre plus large: celui de la réflexion anabaptiste. Ce qui, une fois encore, donne davantage de pertinence à un débat à mener sur notre vision ou notre métadiscours dans l'ensemble du petit monde évangélique...
    Bien à vous!
    Serge Carrel

  • Alain Normand mercredi, 05 février 2014 11:56

    Merci à Philippe Gonzalez pour ses recherches, aux conclusions qui font en effet débat, et merci à Serge Carrel de nous avoir informés de celles-ci sur le site de la FREE.

    J'ai trouvé très intéressant de savoir que Philippe Gonzalez soit mennonite. Comme tel, il ne peut ignorer la tentative théocratique des anabaptistes tentés par le pouvoir absolu, et qui s'est soldée par un carnage et un bain de sang effroyable, à Munster au 16ème siècle. Sans être mennonite moi-même, prenant connaissance de cette réalité historique, il y a de cela plusieurs décennies, je me suis dit "Attention, danger !" Et on pourrait comprendre que Philippe Gonzalez ait le souci de débusquer toute théologie dramatique de ce genre, en milieu évangélique.
    Mais aujourd'hui, en Suisse, on peut s'interroger s'il y a vraiment la menace d'une telle tentation chez les évangéliques ? On a certes appris que quelques-uns s'étaient réunis sur des sommets pour exorciser le territoire des puissances maléfiques et prier pour le réveil, mais en nombre restreint. Cela n'est pas l'apanage des évangéliques : des catholiques s'y exercent également, aux Etats-Unis. On a lu que d'autres étaient allés au Grütli ou devant le Palais Fédéral à Berne pour prier en faveur du pays, de sa population, et de ses gouvernants. On peut en tout cas y voir un réel souci charitable pour les autres. Il y a aussi la manie de Jeunesse en Mission de faire référence à Calvin et sa mini-théocratie genevoise... Toutes choses reçues, sans surprise et, selon selon, avec admiration, amusement, ou interrogation. A ce qu'il semble, aucune expression d'une quelconque tentation pour un quelconque pouvoir absolu.
    D'ailleurs, depuis une dizaine d'années, en Suisse, des évangéliques s'intéressent, parfois de manière militante, à la chose politique, mais par la voie démocratique. Le plus souvent, mais pas exclusivement, en adhérant à l'UDF, parti de droite, ou au PEV, parti de gauche. Là encore, on est loin d'une ambition pour un pouvoir absolu, pour la bonne raison que ces deux partis relèvent plutôt d'un genre de lobby moraliste, sans doute honorable, mais avec aucune chance d'accéder, les 50 prochaines années, au Conseil Fédéral, dans le but de gouverner. Donc, rassurons-nous, Philippe Gonzalez et tous les évangéliques, du moins en Suisse, et aussi en France, le pouvoir absolu n'est pas encore une nouvelle tentation pour le pouvoir absolu. Et c'est tant mieux.

  • Henri Bacher mercredi, 05 février 2014 12:14

    Un peu étonné de la posture de M. Gonzales. Parle-t-il en tant que journaliste ou en tant que membre d’un staff universitaire? Je n’ai pas lu son livre et je ne lirais pas. Donc, je ne suis pas vraiment habilité à critiquer cet ouvrage de spécialiste. Néanmoins, je me permets de lui poser trois questions:

    1: Il fait partie d’une faculté qui appartient au Canton de Vaud qui finance directement les salaires de plusieurs dénominations chrétiennes. On peut donc dire que ces églises font pratiquement partie intégrante de l’appareil d’état et donc du politique. Ces églises ont même le droit de donner des cours de religion dans les écoles! Au secours les français! Pourquoi refuse-t-il aux évangéliques le même statut? N’y aurait-il pas simplement de sa part une campagne d’intimidation vis-à-vis des évangéliques qui osent se mêler de politique? Ce processus s’appelle de la discrimination.

    2. Ce n’est pas très approprié de citer par exemple l’Ouganda comme cible d’un groupe évangélique alors qu’il oublie qu’en Irlande du Nord protestants et catholiques se sont égorgés mutuellement? Irait-il mettre en cause certains leaders protestants en Suisse romande sous-prétexte qu’il y a eu des troubles en Irlande du Nord?
    Un peu léger pour un universitaire!

    3. J’ai l’impression que M. Gonzales, s’est surtout documenté en lisant des écrits produits par ces milieux dont il parle. Est-il allé sur le terrain? Ces personnes ne viennent pas vraiment du monde de l’écrit et souvent ils n’ont pas l’habitude de s’exprimer par l’écrit. Comment expliquer par écrit les phénomènes de vision (The Call Geneva, c’est plus une vision qu’un programme politique) , de prophétie, d’intuition? Souvent les acteurs eux-mêmes ne peuvent se l’expliquer. Ils n’en connaissent que les effets. Ces personnes travaillent dans le monde irrationnel et les universitaires n’ont pas les outils pour analyser ce genre de phénomène. A moins de décréter que l’irrationnel n’a aucune valeur pour les humains. Est-ce que l’universitaire est prêt à admettre ses limites et au moins à laisser la porte ouverte à l’inexplicable? Comme l’astrophysicien qui ne peut pas expliquer les trous noirs, mais qui les prend tout de même en compte?

    Henri Bacher (Bac-2 / France)

  • Philippe Gonzalez mercredi, 05 février 2014 13:48

    Cher Monsieur Bacher,

    Vous m'interpellez directement, j'en profite donc pour vous répondre. Vous comprendrez bien que je ne puisse formuler une réponse détaillée à vos questions, mon livre évoquant longuement ces différents enjeux.

    Toutefois, permettez-moi de vous rassurer sur un point : oui, je suis bien allé sur le terrain, et à plusieurs reprises, depuis le milieu des années 2000.

    Pour le reste, je ne peux que vous recommander de lire l'enquête pour vérifier par vous-mêmes de la pertinence des liens que je documente (notamment sur l'Ouganda) et parvenir à une opinion informée.

    Bien à vous,

    PGz

  • Claudine Pont mercredi, 05 février 2014 18:30

    Posons-le d’emblée : je ne suis pas plus sociologue qu'évangélique et ne connaît ni M. Gonzalez ni l’auteur du résumé, M. Carel…

    La référence de La free m’a récemment été transmise par une de mes connaissances qui m’a vue, en début d’année, absorbée dans une des dernières parutions de Labor et Fides : “Que ton règne
    vienne ”.

    J’ai lu avec grand intérêt le pertinent résumé qui a été fait de cette publication –dont je n’ai pas encore achevé la lecture- , résumé soulignant les questions fondamentales abordées par l’ouvrage.…

    Je peine par contre à saisir la raison d’être du commentaire… Les thèses du sociologue peuvent paraître sujettes à caution : assurément rien d’illégitime… Pourquoi ne pas avoir développé ? La lecture de ce texte me laisse –dommage !- l’impression que le billet d’humeur fait rempart à un possible débat autour des thèses avancées… Le ton péremptoire et la mise en cause des intentions de l’auteur sont bien de nature à décourager de potentiels lecteurs de découvrir ces thèses et à élaborer leur propre opinion … Dommage, vraiment…

  • Serge Carrel jeudi, 06 février 2014 06:09

    Madame,
    Merci pour l'intérêt que vous portez à lafree.ch. Il y a donc deux commentaires: le premier sur notre FREEblog qui salue la contribution remarquable de Philippe Gonzalez sur l'agenda ou le métadiscuours de certains évangéliques charismatiques. L'autre qui met en cause l'apposition souvent opérée par Philippe Gonzalez, où on passe de leaders évangéliques helvétiques qui ne sont pas des adeptes d'une idéologie théocratiques à des pasteurs américains aux idées d'extrême droite, puis aux dérives ougandaises. Philippe, comme moi, connaît ces gens et sait qu'ils ne mangent pas de ce pain-là!
    Deux choses encore pour alimenter le débat:
    1. Toute l'analyse de Philippe Gonzalez parle d'une démarche de prière. Même si il est fait référence à un "combat spirituel", de bout en bout cette démarche est non violente. Le sociologue de l'Unil en tient-il compte suffisamment dans son analyse?
    2. Philippe Gonzalez déplore le manque de régulation des instances représentatives du milieu évangélique. Ok, mais ne sous-estime-il pas la régulation opérée par les membres de nos Eglises? Les évangéliques à la base n'ont-ils pas l'habitude d'entendre passer des théories et, comme on le dit pudiquement dans le milieu, de retenir ce qui est bon?

    A poursuivre donc...

    Meilleurs messages et encore merci de votre intérêt.
    SC

  • Thomas Gyger jeudi, 06 février 2014 10:19

    Cher Serge,

    Merci encore pour ton compte-rendu très complet du livre de Philippe Gonzalez et pour l’occasion de dialogue proposée ici. Ta réponse à Mme Pont ce matin me fait cependant bondir : as-tu vraiment bien lu ce livre ? Il me semble que le livre questionne justement la position effective de ces « leaders évangéliques helvétiques » sur la base de leurs associations et appositions et les interpelle à se positionner. Car, lorsqu’on monte sur scène aux côtés de « pasteurs américains aux idées d’extrême droite », qu’on se laisse bénir par eux et qu’on profite volontiers de toutes les retombées de la manifestation, alors de deux choses l’une : ou bien on souscrit aux idées théocratiques professées, ou bien on est un grand naïf. En disant cela je ne mets en doute, ni la sincérité, ni le cœur pour le Royaume de ces leaders, mais ça reste préoccupant dans les deux cas. Sur ce point, il me semble que dans son livre, Philippe est un peu moins optimiste que toi.

    Ensuite, concernant la régulation, il faut faire la remarque suivante : pour exercer une régulation pertinente, encore faut-il être capable de lire et de décoder le discours des milieux analysés dans le livre. Il faut être capable d’objectiver ce qui est en train de se passer pour décider s’il y a lieu de réguler ou non. Sinon on court le risque de rester simplement sujet du discours et d’absorber plus ou moins consciemment son contenu qui fini par se sédimenter de manière durable dans l’esprit de gens. L’immense mérite de « Que ton règne vienne », c’est de montre l’origine et l’évolution des idées et des concepts véhiculés, c’est de décrire l’origine et les ressort du « combat spirituel stratégique », de la théorie de sept montagnes, du dominionisme, etc, de manière à rendre ces éléments identifiables dans les discours et de dire quelles sont leurs implications pratiques et éthiques. Il existe dans la littérature anglophone quelques ouvrages qui abordent partiellement ces sujets ; mais il n’existe aucun ouvrage qui les couvre de manière si complète, surtout en français. L’autre mérite du livre, c’est d’avoir essayé de montrer dans quelle mesure l’évolution du microcosme évangélique helvétique est en partie déterminé par un réseau de relations, d’influences et de tensions qui le dépasse largement, parce que nous vivons dans un monde globalisé. Pour être capable d’opérer une régulation, il faut d’abord comprendre ce qui se passe et c’est ici l’intérêt premier de ce livre orange. Encore faudra-t-il qu’il soit lu.

    Cordialement

  • Serge Carrel jeudi, 06 février 2014 11:32

    L'idéal serait qu'un des responsables charismatiques romands mentionnés par Philippe Gonzalez s'exprime...
    Au plaisir de vous lire!

    SC

  • Serxio Nunes jeudi, 06 février 2014 13:28

    On peut être d'accord ou non sur les positions et les conclusions du livre et de son auteur Philippe Gonzalez. Un argument peut être juste ou faux selon les opinions, mais ça reste un argument. La méthodologie déployée dans le livre justifie et renforce amplement son argument (et ces conclusions).

    Je trouve que la critique de Serge Carrel est très intéressante d'un point de vue méthodologique (en mentionnant le risque d'amalgame) et elle mériterait d'être plus détaillée. Cependant, je n'ai pas la même impression que lui après avoir lu "Que ton règne vienne", et sans doute je ne juxtaposerai pas des termes comme: "maladroit", "dérive" voire "sensationnalisme" pour critiquer l'ouvrage. Ce sont des mots forts qui nécessiteraient une bien plus grande explication et qui ne devraient pas être employé si facilement. J'ai malheureusement peur que la critique de Serge Carrel fait plutôt du sensationnalisme (si je peux reprendre le terme du journaliste) sans argumenter ses positions. En lisant cette critique je ne peux m'empêcher d'avoir la sensation de sortir du registre de l'analyse pour rentrer dans le registre de l'émotionnel. C'est dommage…

    Mais j'avoue que ma critique est facile: je compare l'opinion d'un sociologue reconnu dans son milieu qui expose dans "Que ton règne vienne" une "vulgarisation" d'une recherche de terrain d'une dizaine d'années contre un commentaire d'une dizaine de lignes.

    Mais il y a un point que je veux souligner: je pense que le travail de terrain est pour Philippe Gonzalez le fondement de sa sociologie. Et pour ceux qui en doutent, j'invite les lecteurs intéressés à lire ces revues académiques et son mémoire de doctorat qui sont facilement disponible et gratuit sur le web.

    Un petit mot sur le commentaire d'Henri Bacher. Ecrire plusieurs fois Gonzales avec un "s" au lieu de Gonzalez avec un "z" démontre l'intérêt de cette personne pour l'auteur et son livre. Cela va au-delà de la faute d'orthographe ou d'un manque d'attention…

  • Maxime Jaquillard vendredi, 07 février 2014 15:57

    Partage (rapide) sur les besoins et les conditions d’une approche pluridisciplinaire …

    J’ai lu l’article et les posts.

    Je me demande ce qui ressortirait d'une étude sociologique sur le métadiscours de l'Eglise primitive, notamment sur l'usage du "Notre Père"...."que ton règne vienne..."délivre-nous du mal " ? Aurait-on parlé de risque de dérive ? De manque de régulation ? En tous les cas, face à ce discours, bien des personnes on suivi Jésus, dans l'espoir de voir l'établissement d'un règne terrestre. Il s'agit d'interprétation*.

    D'autre part, la régulation qui a suivi, par la chrétienté, me laisse perplexe, et les anabaptistes comme Claude Baecher nous le rappellent suffisamment. Dès lors, je questionne dans cette petite note, ce besoin de régulation, voir de « contrôle", qui plus, suite aux conclusions d’une science humaine qui ne peut espérer la même exactitude que les mathématiques par exemple ?

    J'apprécie l'approche critique de Serge Carrel, une forme également de métadiscours, sur une étude sociologique (elle-même sur un métadiscours), cela va dans le sens d'une approche pluridisciplinaire (un théologien, journaliste,...), auquel je suis attaché, car la sociologie n'est pas une science exacte, qui plus est lorsqu’elle approche un sujet complexe comme celui-ci. Science oui...mais aussi humaine. L'amalgame est là pour moi, il est dans le principe même, je suis un homme qui observe d'autres hommes...je ne suis pas « Dieu » qui observe les hommes.

    Autrement dit, pour moi, il y a un regard "objectif" qui voit en surface d’une réalité et il y a un regard conscient de ses présupposés, qui aspire à atteindre la profondeur de cette réalité. Chaque humain a des présupposés qui influencent sa perception du monde, son étude, etc....

    Un présupposé des chrétiens évangéliques, leur foi, c'est que le "Notre Père" est une prière pour aujourd'hui encore, une prière qui n'est pas récitée par habitude, sans sens, une prière qui n’a pas seulement une signification « symbolique ». Pour la plupart des évangéliques aujourd’hui cela implique une démarche « non-violente ». Pour certains évangéliques, cela implique concrètement l’exercice d’une « prière d’autorité » (dans sa chambre ou sur des monts ). Quels sont les présupposés du sociologue qui écrit cette étude ? Serge en a perçu un certain nombre. Au sociologue de quitter son « milieu », de nous dire quels sont ses présupposés. Croit-il en la prière ? Prie-t-il ? Comment ? Pourquoi ? Parce que dans le « milieu » des évangéliques, cela a une importance la prière, et cela aide à comprendre la réalité que l’on désire cerner dans sa profondeur. « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point » pour citer également Pascal.

    Tant que l'on n’admet pas ses présupposés ou que l’on ne donne pas accès à ces présupposés, toute approche pluridisciplinaire est difficile, car il n'y a pas possibilité d'échange, d'être en réel vis-à-vis. Il y a celui qui sait et celui qui croit. Il n'y a pas celui qui sait et qui croit à la fois. Ah, la foi !

    Quels sont vos présupposés ?

    Maxime Jaquillard
    Gimel


    * L’interprétation c’est aussi lorsque je lis dans un post que si l’on orthographie mal un nom, alors « cela va au-delà de la faute d'orthographe ou d'un manque d'attention » et que cela démontre que l’auteur du post n’a « que peu d’intérêt pour l’auteur » …il y a confusion entre l’esprit et la lettre ici. Comment juger de l’esprit d’une personne sur la base d’une faute d’orthographe ? Et si cette personne était plutôt de tendance dyslexique ? Et si cette personne n’avait que peu d’intérêt pour un regard sociologique ? Voici d’autres interprétations possibles…

  • Monod Philippe vendredi, 07 février 2014 23:39

    L'erreur du mouvement "Restauration" ou "Dominion" en anglais, qui s'appuie entre autres sur la requête " Que ton règne vienne" dans "le notre Père", est de croire que c'est à l'Eglise des derniers temps d'amener le royaume de Dieu sur la terre, alors que dans la théologie évangélique classique on attend le retour en gloire de Jésus-Christ, qui établira lui-même son royaume de justice sur la terre. Le danger est de mettre une sourdine à l'espérance bénie des premiers chrétiens, qui attendaient la venue de Jésus, le Roi du royaume, comme une délivrance (voir les 7 passages concernant l'avènement du Christ dans la première épître aux Thessaloniciens). Alors que l'attente de la proche venue du Seigneur est propre à stimuler et réveiller le peuple de Dieu selon la parabole des 10 vierges (Matthieu 25:6-7).

  • Philippe Gonzalez samedi, 08 février 2014 09:49

    Cher Monsieur Jaquillard,

    Je vous remercie pour votre tentative d'élucider "les conditions d'une approche pluridisciplinaire".

    Vous posez des questions fort intéressantes auxquelles je tente de répondre dans mon livre. Visiblement, vous n'avez pas encore lu les passages où j'évoque les régulations. Ou peut-être n'avez-vous pas lu mon livre? Ce qui, si c'était le cas, ne ferait que compliquer notre échange et nous exposerait à de désagréables malentendus.

    Rassurez-vous: les sociologues sont conscients du fait que leurs observations et leurs analyses sont formulées depuis un lieu situé. Comment en serait-il autrement? Nous sommes des êtres humains, comme le sont aussi le mathématicien, le physicien, le biologiste, l'anthropologue, l'historien ou même le médecin. Autant de scientifiques qui prétendent restituer une connaissance sur la réalité et qui, pour ce faire, développent des méthodes d'investigation. C'est aussi ce que nous faisons, nous les sociologues, et je tente de m'en expliquer dans mon livre.

    Toutefois, votre discours sur les "présupposés" ne se rapporte pas seulement à la science. Vous parlez ainsi d'"un présupposé des chrétiens évangéliques", en précisant qu'il s'agit de "leur foi". Or, on se situe là dans un autre registre.

    Et vous semblez opposer ce "présupposé" religieux à celui que vous m'imputez en tant que sociologue, c'est-à-dire scientifique – une science que vous dégradez au passage en lui refusant le statut d'une "science exacte" et en disant qu'elle est "humaine". Pour ce faire, vous prenez l'exemple des mathématiques. Mais vous savez certainement que leur statut de "science" fait toujours débat (http://plato.stanford.edu/entries/philosophy-mathematics/) et qu'elles ne sont en aucun cas des sciences empiriques, comme le sont la physique, la biologie, ou même la sociologie.

    Mais revenons aux "présupposés" des scientifiques (ou du sociologue) que vous opposez à ceux des évangéliques. Certes, la recherche scientifique part depuis une observation située. Le chercheur amène dans son investigation des questions de départ et certaines conceptions relatives à la façon dont fonctionne le monde qu'il observe. Cependant, le propre de la méthode scientifique, c'est de permettre au chercheur d'affiner son questionnement et ses analyses à mesure que des faits viennent confirmer ou infirmer les explications qu'il tente de formuler. C'est la démarche d'enquête qui va décider ou non de ce qu'est la meilleure explication en regard de l'ensemble des faits rassemblés. La meilleure explication est celle qui arrive à rendre compte de façon rationnelle du plus grand éventail de faits.

    Pour le dire simplement, l'enquête est un processus de recherche qui permet au scientifique de confronter ses jugements à des faits, lui donnant l'occasion y compris de changer d'avis et d'abandonner ce qu'il tenait jusqu'alors pour acquis.

    Toutefois, ce n'est pas ainsi que semble fonctionner le "présupposé" religieux que vous attribuez aux évangéliques. Preuve en est la question qui vous taraude : vous voudriez savoir ce que je crois de la prière. Autrement dit, ce que vous désirez connaître, c'est le statut de ma foi.

    Pourquoi une telle question?

    Ce que semble présupposer votre demande – et je vous remercie de me corriger si je vous ai mal compris – c'est que seule une personne partageant votre foi serait à même de formuler quelque chose de vrai à l'égard de l'évangélisme. À défaut, le sociologue (athée, agnostique, etc.) risquerait de tomber à côté en raison du caractère "humain" de sa science.

    À cet égard, votre "présupposé" religieux n'a rien à voir avec les "présupposés" dont sont porteurs les scientifiques. De fait, lorsque vous parlez de "présupposé" en un sens religieux, vous désignez en réalité une appartenance. Ce que vous dites, c'est que si votre interlocuteur n'est pas membre de votre groupe, il ne vaut pas la peine de tenir compte de ses propos.

    Ainsi, votre "présupposé" – contrairement à ceux dont nous sommes porteurs en tant que scientifiques – me paraît fort peu révisable. Car, justement, en refusant à l'avance toute pertinence à une analyse sociologique – qui est plus qu'un "métadiscours", car elle repose sur des faits et tente de les expliquer rationnellement –, vous risquez de vous rendre imperméable à des faits.

    Or, ces faits, je comprends fort bien qu'ils puissent se révéler troublants, car ils touchent à l'un des engagements les plus profonds de votre existence. Toutefois, la réalité me paraît plus complexe qu'un simple antagonisme entre "présupposés" – c'est-à-dire "visions du monde" – opposées, la science d'un côté, la foi de l'autre. Le christianisme possède une belle tradition de penseurs ayant tenté d'articuler la foi et la raison, sans jamais les confondre ni les écraser. S'il est possible de les articuler, il doit être possible d'entendre une part des analyses que je propose en tant que sociologue et d'en faire sens théologiquement.

    Mais, pour ce faire, encore faut-il accorder que le sociologue – quelles que soient ses convictions religieuses – puisse dire quelque chose de pertinent sur les évangéliques. C'est ce qu'on appelle en philosophie le "principe de charité".

    Bien à vous,

    PGz

  • Guye Sommer Françoise samedi, 08 février 2014 13:09

    Que ferait Jésus à ma place?

    C'est le titre d'un livre que j'ai lu lorsque j'étais jeune chrétienne. Cette question me revient souvent lorsque je suis devant un dilemme ou une décision importante à prendre.
    Lundi quand j'ai pris connaissance de la parution du livre "Que ton règne vienne" de Philippe Gonzalez je me suis demandée si il s'était posé cette question avant de le publier.

    10 ans à chercher une épingle dans une botte de foin cela me laisse perplexe et je me demande s'il n'aurait pas mieux à faire.

    Bien sûr je ne suis ni sociologue ni théologienne mais je connais un peu les milieux charismatiques et ce qui me frappe dans ce que je peux lire sur ce blog ou entendu à l'émission Babylone sur Espace 2 (je n'ai pas lu le livre) Philippe Gonzalez ne mentionne aucun aspects positifs des rencontres qu'il cite.

    Je côtoie plusieurs jeunes qui fréquentent et attendent la Rencontre Jeunesse de Bulles chaque année avec joie. Je reconnais qu'il y a un aspect émotionnel, un effet de groupe dans ces rencontres mais il y a aussi la joie de retrouver des amis et le désir de vivre quelque chose avec le Seigneur et ça c'est positif!
    Certains de ces jeunes ont découvert lors de ces manifestations la puissance de Dieu manifestée en Jésus-Christ dans leur vie. Ils sont encouragés, fortifiés dans leur vie spirituelle, dans leur vie de prière et reviennent animés d'un désir de partager autour d'eux ce qu'ils ont reçu.

    Et oui la prière change les situations et les vies!

    Jamais l'un ou l'autre de ces jeunes n'est revenu en nous disant qu'il y avait un stand du PEV à Bulles, oui on peut voir cette présence comme une infiltration, mais j'aime mieux penser aux dizaines de Bibles qui ont été distribuées par des jeunes dans d'autres stands.

    D'ailleurs Messieurs les prédicateurs n'essayez vous jamais de faire passer une idée, une opinion dans vos prédications?

    Comme certains j'essaye de m'imaginer les remous qui ont été provoqués par les premiers anabaptistes au moment de la réforme. Les intellectuels de l'époque ont aussi essayé de freiner les ardeurs.
    Mais que de temps perdu et de souffrance inutile...

    Françoise Guye Sommer

  • Maxime Jaquillard dimanche, 09 février 2014 02:01

    Cher Philippe Gonzalez,

    Merci des quelques clarifications et aussi du temps passé à répondre à mon post.
    Je vous rassure , je n'ai effectivement pas lu le livre, comme mentionné dans mon post, je me suis basé sur le résumé de Serge Carrel et le contenu du blog, qui ne sont pas sans intérêt.

    En citant Blaise Pascal, je désirais signifier que n’oppose pas science et foi. Ma référence aux mathématiques était liée à ce dernier qui a inventé la calculatrice mécanique. Je ne méprise pas les sciences humaines, pour moi c’est juste plus complexe (pas mécanique) – sans mépris pour les mathématiques – que les sciences dites dures. Mais j’entends que là aussi, il peut y avoir divergence.

    Je pense et je constate que la science peut amener quelques-chose à la foi, et – différemment - réciproquement. Même si là encore, l’apport réciproque est différemment apprécié.
    Je ne les oppose pas. Chacun est pertinent et devrait être entendu pour ce qu’il peut apporter, afin de progresser vers une compréhension de la pleine réalité.

    Je comprends que sur ce point, il me semble, nous sommes d’accord, je vous cite :
    « S'il est possible de les articuler, il doit être possible d'entendre une part des analyses que je propose en tant que sociologue et d'en faire sens théologiquement. »

    Pour moi, il vaut la peine de tenir compte de vos propos sociologiques. Ce que je vérifie, c’est si vous pouvez tenir compte des miens. Merci d’avoir préciser donc, et de fait, m’avoir rassuré, dans votre dernier post :
    « Rassurez-vous: les sociologues sont conscients du fait que leurs observations et leurs analyses sont formulées depuis un lieu situé. Comment en serait-il autrement? Nous sommes des êtres humains, comme le sont aussi le mathématicien, le physicien, le biologiste, l'anthropologue, l'historien ou même le médecin. Autant de scientifiques qui prétendent restituer une connaissance sur la réalité et qui, pour ce faire, développent des méthodes d'investigation. C'est aussi ce que nous faisons, nous les sociologues, et je tente de m'en expliquer dans mon livre. »
    « Une analyse sociologique – qui est plus qu'un "métadiscours", car elle repose sur des faits et tente de les expliquer rationnellement »
    « Le christianisme possède une belle tradition de penseurs ayant tenté d'articuler la foi et la raison, sans jamais les confondre ni les écraser »

    Toujours dans l’idée science ET foi, il faut que l’on convienne de ce que la foi apporte à la compréhension de ce sujet particulier que vous traiter. D’où mes questions sur vos présupposés (ou quel terme donner ?), ce que vous nommez peut-être « depuis un lieu situé ». En particulier, est-ce que la raison seule, suffit à expliquer le monde ? Vous évoquer l’idée d’une articulation entre raison et foi. Ainsi, il me semble, il est effectivement possible d’avoir quelque-chose à se dire de manière réciproque entre la sociologie et les évangéliques.

    J’entends bien que sur cette dernière articulation, mais aussi l’articulation entre théologie et foi, entre la foi et l’expérience, et sur la tentative, encore une fois non dénuée d’intérêt, d’ « expliquer rationnellement des faits » il y a pour ma part en tous les cas, des clarifications à faire.

    Peut-être dans un prochain post. Le temps file…

    En espérant que nous aurons progressé dans ce "principe de charité" qui vous tient à cœur.


    Maxime Jaquillard

  • Daniel Blunier dimanche, 09 février 2014 18:16

    Quand je lis la plupart des commentaires sur ce blog à l’occasion de la sortie du livre remarquable de Philippe Gonzalez, je pense au sketch resté célèbre de Coluche (http://www.youtube.com/watch?v=M-OpqsgZq2s) sur les journalistes : « on s’autorise à penser dans les milieux autorisés…»

    « Toutes ces tronches de premier de la classe » qui « commentent » un livre sans l’avoir lu, me laissent perplexe !!

    Amalgame dites-vous ? les enfants diraient : « celui qui dit, c’est lui qui est… !! »

    Quant à se réfugier derrière « l’irrationnel de la foi » ou « les présupposés du sociologue » ou « que ferait Jésus à ma place ? » je serais tenté de conclure comme Coluche :« ils devraient être autorisés à fermer leurs g… »

    Je peux comprendre le « désarroi » de Serge Carrel qui en appelle aux responsables charismatiques mentionnés dans l’étude de l’auteur en leur demandant de s’exprimer…

    J’ose espérer qu’ils prendront le temps de lire le livre, afin d’apporter des contradictions étayées, qui permettront d’élever le débat au niveau de ce précieux travail d’investigation conduit avec tenacité, courage et honnêteté.

    J’attends aussi, car c’est tout l’intérêt de ce livre, une prise de conscience sur les dérives dangeureuses qui s’opèrent actuellement dans ces mouvements évangéliques… Que le message millénaire de la chrétienté ne dérive pas à nouveau vers les pires périodes de l’inquisition, de l’intolérance et du jugement…

    La vérité spirituelle génère la grâce, l’amour, la liberté et la prière sert à nous conduire dans cette humilité… C’est le sens du « métadiscours » de ce livre…

    Daniel Blunier –lecteur attentionné du livre « Que ton règne vienne »

  • Thierry Bourgeois dimanche, 09 février 2014 21:53

    Quelques mots afin de poursuivre le débat que le livre de Philippe Gonzalez a généré ces derniers jours, et cette fois par l’un des responsables spirituels mentionnés dans cette étude !

    Je ne réfuterai pas l’existence de certaines tentations du pouvoir dans le milieu évangélique en Suisse Romande – en ce sens l’analyse du livre est pertinente à plus d’un titre – mais j’aimerais toutefois apporter quelques clarifications.

    Un des problèmes que peut susciter la lecture du livre serait de croire que tout le mouvement évangélique en Suisse Romande, et principalement sa tendance charismatique, suit et cautionne de près ou de loin des tendances dominionistes et une eschatologie post-millénariste. Ce serait un grave raccourci.

    Les séminaires et de conférences organisés par les églises en Suisse Romande sont devenu presque innombrables ; la majorité d’entre eux ne vont pas dans la direction évoquée.

    Etant pasteur dans une paroisse charismatique de la ville de Genève, les prédications et enseignements que j’ai donnés depuis 1999 ne vont pas non plus dans ce sens-là. Bien au contraire ! Je suis attaché à une pensée théologique de la relation, de l’écoute et de l’incarnation de la foi au quotidien.

    Je pense qu’un des mérites du livre est de nous (pasteurs et responsables d’églises) aider à réfléchir à la théologie du Royaume de Dieu, en particulier à la manière dont nous encourageons nos membres à vivre et à espérer une progression de ce Royaume. L’analyse de G. Ladd dans sa « Théologie du Nouveau Testament » articule avec soin une vision remplie de foi et d’espérance tout en prenant en compte notre finitude et notre dépendance à Christ. Ce n’est donc pas un projet politique auquel Christ nous appelle, mais à une vie qui s’inspire de son modèle de serviteur.

  • Maxime Jaquillard lundi, 10 février 2014 00:38

    Bonjour M. Blunier,

    Merci de vous risquer à laisser un post, je réalise que ce n’est pas un exercice facile.

    Je ne suis pas surpris à la lecture de la réaction d'un des responsables spirituel mentionné dans l'étude, qui va également dans le sens du risque d'amalgame, dont parlait déjà Serge.

    Peut-être que la lecture du livre, me permettrait de reformuler cela de manière plus argumentée, effectivement, vous avez raison là-dessus. Pour ma part, je ne juge pas toujours nécessaire de vérifier les propos de l’auteur d’un article. Mais cela ne m'empêche pas de tirer parti de ce débat, jusque-là. J'ai d'ailleurs fort apprécié les interventions de M. Gonzalez (et d’autres), qui m'ont permis de mieux comprendre son approche, et m'a donné envie d'acheter son livre. Mon but est donc atteint, pour ma part.

    Je comprends que ma méthode ne vous convienne pas. J’entends les raccourcis que vous faites notamment sur "l'irrationnel de la foi". Libre à vous de singer pour mieux rire des gens. Coluche le fait très bien, et j’apprécie d’ailleurs bien son humour, même si on peut voir, et c’est le propre d’une part de son humour, un certain amalgame (sur les Belges par exemple).

    S’agissant du conseil que vous donniez dans votre post de "fermer ma g...". Ici, j’ai choisi de ne pas en tenir compte et de répondre courtoisement.

    J’entends que vous avez également des valeurs et un intérêt pour le métadiscours :
    « La vérité spirituelle génère la grâce, l’amour, la liberté et la prière sert à nous conduire dans cette humilité… C’est le sens du « métadiscours » de ce livre… »

    Puisque je vous ai lu, je me risquerais donc à une contradiction étayée. Je pense que votre post est en contradiction avec les valeurs de grâce, d’amour et de liberté dont vous parler. Je ne peux que vous renvoyer à vos propos, afin d’être un peu plus cohérent (afin d'éviter tout incompréhension, je ne parle pas ici de fermer sa g…mais bien des valeurs que vous citer).

    Mais peut-être que vos propos ont dépassés votre intention ou que nous n’avons simplement pas la même manière de faire vivre ces valeurs ?

    Je choisis de penser que vous ne me juger pas, ou n’êtes pas intolérant ici, et j’espère vous lire dans un prochain post


    Bien à vous,


    Maxime Jaquillard

  • Philippe Gonzalez lundi, 10 février 2014 08:15

    Cher Maxime Jaquillard,

    Je vous remercie pour la qualité de cet échange et son caractère charitable. Je dois avouer que vous soulevez de redoutables questions qui ne cessent de travailler les chercheurs (anthropologues, historiens, sociologues, etc.) s’intéressant aux phénomènes religieux et aux communautés religieuses.

    D’avance, je vous prie d’excuser le caractère technique que pourra peut-être revêtir mon propos.

    Tout d’abord, une citation de Blaise Pascal que vous appréciez et qui continuera à enrichir notre échange: «Deux excès: exclure la raison, n'admettre que la raison» (pensée 253, éd. Brunschvig).

    La raison rationnelle ne dit pas le tout de l’expérience humaine. Elle est une capacité formidable, essentielle, mais ne concerne qu’une partie de notre agir. La science peut nous apprendre des choses fascinantes sur le fonctionnement de notre univers, les secrets que recèle notre génome et l’organisation de notre cerveau. Par contre, ce savoir ne pourra jamais se substituer à la façon dont l’art (la poésie, la musique, la peinture, etc.) dit notre émerveillement ou notre stupeur face à notre présence dans le monde. De même, la foi est une modalité collective pour faire sens des questions qui se posent à nous quant à cette présence dans le monde.

    Or, on voit bien que tant dans l’art et la religion, la raison et l’émotion jouent chacune une part importante. Mais, ici, la raison rationnelle accomplit un certain nombre de tâches, notamment dans sa capacité à expliciter certaines expériences. Toutefois, elle ne saurait se substituer au tout de cette expérience.

    J’espère ne pas être trop obscur…

    Mais venons-en à une approche sociologique des phénomènes religieux.

    Par essence, la sociologie constitue une enquête rationnelle et factuelle sur la façon dont les êtres humains constituent des communautés et vivent en société. Le type de sociologie que je pratique s’efforce de prendre en compte l’expérience des acteurs sociaux, afin de restituer le sens que ces acteurs donnent à leurs actions et la façon dont ils appréhendent le monde. Cette première étape relève de la compréhension.

    Dans le cas des évangéliques, j’ai ainsi soigneusement décrit certains éléments fondamentaux de leur expérience religieuse : la prière, les chants, la façon dont des charismatiques célèbrent la louange, le contact amoureux que ces croyants y nouent avec Dieu. Je me suis efforcé de restituer tant les affects que les catégories qui guident ces investissements pour donner forme à une expérience religieuse. Et je n’ai pas manqué de souligner, à diverses reprises, la joie qui pouvait caractériser ce vécu spirituel.

    Par ailleurs, j’ai poursuivi mon enquête sur les catégories véhiculées par certains discours charismatiques – mais aussi néo-réformés – et je me suis efforcé de déconstruire ces catégories. J’ai alors rejoint un niveau plus théologique. Par essence, la théologie se veut une réflexion rationnelle relative au donné de la foi, qu’il provienne de la Révélation (la Bible), des dogmes ou de l’expérience. Il y a donc une forme de rationalité interne au christianisme. Et c’est ici qu’intervient notamment la question de la régulation.

    À nouveau, pour mon enquête, j’ai comparé certaines évolutions théologiques avec les conceptions doctrinales habituellement présentes dans le milieu évangélique. J’ai alors pu observer l’arrivée d’une théologie dominioniste s’accompagnant d’une proposition eschatologique post-millénariste.

    C’est ce que restitue fort bien le pasteur Thierry Bourgeois, qui est par ailleurs l’un des acteurs décrits dans le livre. Vous remarquerez d’autre part qu’il écrit: «un des problèmes que peut susciter la lecture du livre». Il parle de «lecture» ici. Autrement dit, «l’amalgame» ne se trouve pas nécessairement chez l’auteur, mais peut tout aussi bien se trouver chez le lecteur (pressé?). À présent que vous êtes en possession de mon ouvrage, vous pourrez constater par vous-même les distinctions que j’ai tenté d’opérer pour différencier divers modes d’engagements propres à des acteurs centraux de l’évangélisme, suisse romand notamment.

    Pour revenir à votre question fascinante sur l’articulation entre expérience religieuse/théologie et sociologie, je dirais que, pour expliquer la réalité du monde évangélique, mon approche sociologique a dû tenir compte de la façon dont des évangéliques vivent leur foi. J’ai pris au sérieux leurs expériences sans nécessairement adhérer à leur vision. Mais ce n’est pas manquer de respect à une personne, me semble-t-il, que d’essayer de comprendre son point de vue sans pour autant l’adopter.

    Toutefois, la compréhension – relative à la perspective des croyants – a dû être articulée avec le niveau de l’explication. Ce dernier est en dialogue avec les analyses qu’ont produites d’autres chercheurs. À ce niveau, j’ai retracé les influences historiques et internationales de certains courants. Ce qui a permis de mettre en évidence des éléments dont les croyants ne sont pas conscients, bien que ces éléments façonnent leur spiritualité.

    D’autre part, le niveau de l’explication procède exclusivement de façon rationnelle et factuelle. Dès lors, ce qui ne peut être établi rationnellement et empiriquement est mis en suspens, contrairement au niveau de la compréhension où la perspective des croyants est restituée, y compris jusque dans leur façon de se rapporter à des êtres surnaturels.

    Dès lors, la part «irrationnelle» est bien prise en compte par l’analyse. Elle n’est pas d’emblée écartée. Par contre, elle n’est pas avalisée sans autre, mais fait l’objet d’une ressaisie complexe.

    L’approche rationnelle n’accorde pas de «foi» dans les croyances religieuses, même si elle les prend au sérieux et tente de les comprendre. De fait, cette approche n’est pas différente de l’accueil qu’une personne d’une autre religion ou sans religion pourrait accorder à l’égard des croyances du christianisme: soit une écoute respectueuse ne débouchant pas sur une conversion. C’est la modalité du dialogue ou du débat – sans qu’il dérive nécessairement en polémique.

    Nous vivons dans une société plurielle. Et, dans un tel contexte, la seule chose à partir de laquelle nous sommes en mesure de nous accorder, c’est le recours à des arguments rationnels qui ne présupposent pas que nous devions adhérer à des croyances (chrétiennes, musulmanes, athées, etc.) auxquelles nous ne croyons pas, c’est-à-dire à des propositions qui ne sont pas démontrables rationnellement et empiriquement. Dès lors, la démarche sociologique me semble particulièrement pertinente pour aborder ces questions et permettre une large réflexion. Cette façon de procéder constitue une réduction partielle du vécu des croyants – qui pourrait le nier? – mais aussi un gain d’intelligibilité pour autrui.

    À mon sens, la sociologie ne pourrait se cantonner à faire simplement l’apologie de l’évangélisme sous couvert de joie spirituelle ou de compétitivité sur le marché religieux. Ce serait là un manque de civisme criant pour une science prétendant penser le vivre ensemble dans une société plurielle.

    Ainsi, la sociologie n’a pas le dernier mot sur l’expérience humaine, mais sa parole mérite d’être écoutée et prise en compte, afin de restituer un pan de cette expérience qui échappe à d’autres approches.

    Bien à vous,

    PGz

  • Philippe Gonzalez lundi, 10 février 2014 08:17

    PS : Cher Maxime Jaquillard, ayant tardé à vous répondre, et par souci de clarté, je constate que mon message fait référence à votre précédente intervention et non à votre échange avec M. Blunier.

  • Valentin Cruchet lundi, 10 février 2014 11:46

    Bonjour, merci à Serge pour ce compte rendu et merci à Philippe Gonzalez pour le pavé dans la marre (que je perçois au travers du résumé de Serge et de l’émission radio sur Espace 2, je n’ai pas encore lu le livre, j’espère que M. Blunier me pardonnera cette folie). Je suis un simple chrétien évangélique et je me permets de partager ma lecture en espérant qu’elle puisse être une aide dans la discussion.

    Les évangéliques adhèrent au Sola Scriptura (l’Ecriture seule) de la réforme qui reconnaît la Bible comme seule autorité pour l’église. Les Catholiques confessaient comme autorité l’Ecriture et la tradition, les protestants ont répondu en affirmant l’Ecriture seule. Aujourd’hui nous avons des évangéliques charismatiques de tendance pentecôtiste qui disent : l’Ecriture et ce que je reçois du Saint-Esprit. Pour nombre de chrétiens les impressions, pensées, etc., reçues dans la prière ont parfois, plus d’importance que la Bible. En réponse à cela, nous devons réaffirmer que Dieu parle premièrement, ultimement et avant tout par la Bible. Nous ne nions pas que le Saint-Esprit puisse parler aux chrétiens par des images, des pensées, des convictions, des rêves et autres, mais, nous affirmons que ces révélations ne doivent jamais être considérées comme ayant une quelconque autorité pour l’église dans son ensemble, et quand ses révélations personnelles s’accordent avec la Bible, ce ne sont jamais les révélations qui doivent servir de fondement mais toujours et uniquement la Bible. Trop souvent nous utilisons la Bible pour justifier nos pensées que nous croyons venir de Dieu, mais l’ordre doit être inversé, nous devons partir de la Bible et ajuster nos pensées à ce que la Bible nous révèle et jamais l’inverse. Ce n’est pas à nous de juger la Bible mais à elle de nous juger.

    M. Gonzalez cherche (peut-être?) les raisons des dérives qu’il observe, au sein même de la foi chrétienne, alors que pour ma part, je vois plutôt cela comme un éloignement de la véritable foi chrétienne normée par la Bible. Je pense que cet éloignement de la véritable foi chrétienne vient de notre infidélité à l’Ecriture. Il est de plus en plus fréquent d’entendre des prédications qui ont pour fondement, non pas un passage de la Bible mais un enseignement propre au prédicateur. Cette démarche amènent souvent le prédicateur à utiliser des « versets preuves », qui, une fois sortis de leur contexte, deviennent étranger à l’intention de l’auteur biblique cité. C’est comme si je disais que M. Gonzalez adhérait aux enseignements de Lou Engle sur la base de son livre, ce serait au mieux une lecture imbécile au pire une trahison de sa pensée. Trahir la parole de Dieu, c’est ce que nous risquons de faire chaque fois que nous utilisons un verset pour justifier une impression reçue sans avoir au préalable vérifié, par une étude assidue, la véritable signification du passage en question. Quand ce travail d’étude du texte n’est pas faite avec sérieux (dans la crainte du Seigneur et avec l’aide de l’Esprit-Saint), pour des raisons qui vont de la fainéantise, au manque de formation, en passant par une peur de la raison qui serait un danger pour la foi, les conséquences peuvent être désastreuses ; merci à M. Gonzalez de mettre en lumière celles qui nous guettent en Suisse romande. Si ce travail était fait je pense que la notion même de « combat spirituelle territorial » n’existerait pas.

    (En plus de notre manque de sérieux dans notre manière d’utiliser la Bible je pense que nous avons parfois négligé l’importance de la théologie systématique (TS). La théologie systématique est (1) un exposé de la révélation biblique dans son harmonie, (2) qui s’adresse précisément à un publique contemporains et, (3) présente une vision du monde qui soit biblique. La TS nécessite un travail de la raison mais une raison qui accepte d’être normée par la Bible elle-même. La TS se construit sur la base de l’exégèse, de la théologie biblique et de la théologie historique et elle permet ensuite l’élaboration d’une théologie pratique. Elle évolue en continuelle interaction avec ces diverses disciplines. La TS est une science, dans le sens où elle travail avec des faits qui lui sont propre (les enseignements de la Bible), qu’elle tente de comprendre et d’articuler de manière cohérente et harmonieuse en suivant une méthodologie. Une théologie systématique qui n’intègre que 60% des enseignements bibliques est moins pertinente qu’une théologie qui prend en compte le 90% du contenu biblique dans son exposé de la révélation. Parfois, notre manière de vivre la prière témoigne plus d’une vision dualiste du monde que d’une vision chrétienne, je pense que cela vient du fait que nous nous sommes privé, dans certains milieux, de l’apport des diverses disciplines de la théologie.)

    Je suis d’accord avec M. Gonzalez pour dire que les évangéliques se sont montrés incapables de « mettre en cause ce glissement » mais en tant qu’évangélique le jugement et la correction ne doit pas venir d’une institution mais uniquement de l’Ecriture. C’est l’Ecriture qui doit juger ces glissements et qui doit (re)définir la mission de l’Eglise et les relations qu’elle doit entretenir avec l’espace publique. C’est la Bible qui doit nous convaincre, nous corriger et nous instruire, car elle est toute suffisante pour la foi (ce que nous devons croire au sujet de Dieu) et la vie (éthique) du chrétien. Si la Bible est notre norme ultime, je pense que nous pouvons accueillir sereinement certaines des mises en garde du livre orange, il met en lumière un certain nombre de nos pratiques et de nos discours qui n’ont que trop peu été examinés à la lumière de l’Ecriture. Profitons de l’appel pour remettre en cause tous ce qui ne peut pas être soutenu par une exégèse responsable, fidèle et solide de la Bible afin de garder le bon dépôt de la foi.
    (Certains diront que c’est utopiste de croire que nous pouvons véritablement savoir ce que la Bible dit aux vues de la multitude et de la diversité des interprétations qui existent à son sujet mais cela est un autre débat.)

  • Daniel Blunier lundi, 10 février 2014 13:57

    Cher Monsieur Jaquillard,

    Je vous remercie pour tout l’intérêt que vous avez porté à mon post et j’accepte volontiers la critique que vous soulevez entre la forme de mon message et le fond.

    L’objet de ce blog est bien d’échanger sur le livre remarquable « que ton règne vienne » de Philippe Gonzalez et je souscris pleinement à votre décision d’acquérir ce livre et de le lire.

    J’ai trouvé très à propos le sketch de Coluche, pour illustrer ce qui était en train de s’échanger sur ce blog. J’ai volontairement conservé les termes employés par Coluche pour provoquer une secousse dans ce débat indécent et pernicieux à l’égard de ce magnifique travail d’investigation.

    Trouvez-vous moins choquant « d’enterrer » dix ans de recherche, en simplement surfant sur des propos, qui viennent aiguiser votre propre sensibilité et usant d’une certaine rhétorique, bien peu à propos avec le fond de cette étude ??

    J’estime que cet ouvrage fait partie des études majeures de ces vingt dernière années sur le fait religieux. Les acteurs dont je fais partie et qui ont « le nez dans le guidon » devraient s’inspirer de cette opportunité d’arrêt sur images, pour réajuster leur théologie hégémonique…

    Vous avez pris pour vous et au premier degré l’expression « ils devraient être autorisés à fermer leurs g.. » Je note aussi, que vous êtes rebelle… !!

    Au plaisir de lire vos appréciations et remarques après votre lecture perspicace du livre…
    Avec mes meilleurs messages.

    Daniel Blunier

  • Maxime Jaquillard mardi, 11 février 2014 00:50

    Chers Philippe Gonzalez et Daniel Blunier,


    Merci pour vos réponses, je me suis réjouis de vos posts.

    Je constate que la réponse de M. Gonzalez (lundi 10 février 2014 07:15) éclaire très bien mes préoccupations de fond, et ouvre des perspectives nouvelles.
    L'échange se faisant, la pensée se précise pour ma part, et c'est tout à votre honneur à la fois d'avoir pu expliquer clairement une démarche sommes toute complexe, et rejoindre un vis-à-vis dans un questionnement qui n'est pas issu de la sociologie.

    Quant à M. Burnier, je comprends bien votre ton, j'ai comme vous le dites, un côté "rebelle", qui me permet de comprendre la provocation. Et c'est toute à votre honneur de savoir également maintenir le fond et la relation prioritairement aux effets de style.

    Pour le livre, il faudra attendre (j'espère) un peu, mais je vais le lire.
    Comme le rappelle très bien M. Gonzalez, il s'agira d'une lecture et je ne manquerai pas de partager quelques réflexions si je les juge perspicaces.

    Bien à vous,


    Maxime Jaquillard

  • Daniel Blunier mardi, 11 février 2014 09:15

    Cher Monsieur Jaquillard,

    J’apprécie votre fairplay et vous en remercie. Nous nous sommes compris, ce qui m’est précieux et je pense pour vous également.
    Je vous souhaite une très bonne lecture du livre et c’est avec plaisir que je lirais vos commentaires.
    Bien à vous.

    Daniel Blunier

  • Françoise Guye Sommer mardi, 11 février 2014 13:23

    Messieurs Gonzalez et Jaquillard,

    Après ma réaction épidermique j'aimerais vous remercier pour vos échanges d'une grande qualité qui m'aide à avancer dans ma réflexion.

    Au plaisir de vous lire…
    Françoise Guye Sommer

  • Erik Veldman jeudi, 13 février 2014 20:53

    J'ai lu les commentaires et les articles concernant le livre de M. Gonzalez. Je suis un Canadien/Hollandais et je me tiens beaucoup au courant des situations dans le monde anglophone et je vois depuis longtemps la tendance charismatique s'infiltrer dans l'église évangélique suisse. Pas seulement dans le "Kingdom Now/Dominion" théologie, mais aussi dans d'autres domaines. Faux enseignements ont conclu l'Église du Christ. Non seulement à propos domination théologie, mais aussi sur les prophètes, les apôtres et les signes et des prodiges. M. Gonzalez a abordé une question très importante et il ne doit pas être balayé sous le tapis. Nous devons revoir notre doctrine et de revenir à l'Ecriture. C'est quelques mots simples d'un homme simple. Que Dieu vous bénisse

  • Olivier Keshavjee samedi, 15 février 2014 15:35

    Merci pour ces échanges très intéressants! Je me permet de vous signaler une réflexion suscité par la lecture du livre, et agrémentée des commentaires de cet échange. Que j'ai délicatement intitulée "Des sociologues en quête de vérité absolue" !

    http://www.theologeek.ch/2014/02/14/sociologues-tentes-verite-absolue/

    Meilleures salutations,

  • Philippe Gonzalez samedi, 15 février 2014 17:02

    Cher Olivier Keshavjee,

    Je vous réponds directement sur votre blog.

    Bien à vous,

    PGz

  • Bally Claude samedi, 22 février 2014 11:29

    Bonjour je profite de venir avec mon coeur ,ma force ,mon intelligence,( je n'ai pas beaucoup de diplôme et ma place ne me donne que peut de pouvoir ) puis mon âme. Très intéressant le débat !
    Si je pense à ce que j'ai pu lire de chacun. Je ne peu m'empêcher de faire une remarque à chacun !
    L'autorégulation dans l'église que je fréquente.( Petite entité ou fédérée) comment fonctionne tel ?( ces références etc ....)
    Avons nous dans nos églises FREE des éminences grises ?...( Incontournable)
    Nous avons des autorités bien sûr et c'est normal et tant mieux .Mais un Pape ou quelque chose,(pardon pas une chose mais vous avez bien lu un Pape )
    Historiquement de divers horizons et maintenant nous sommes FREE (j'ose l’anglicisme sans avoir
    peur d'être mal compris )
    Ne sommes nous pas aussi une institution ? Oui une église institution? Vous m'avez mal compris ?
    Comme d'autre églises catholique, protestante,pour les quels je dit volontiers l'institution.
    Bon je m’arrête je suis reconnaissant de mon église, Vous pouvez comprendre de la( ma )FREE .
    Je peu m' exprimer sur leur blog et bien sûr m'enrichir aussi au passage .
    Et c'est fabuleux il y a des journaliste qui nous informent sur tout les sujets. (Donc pas de sujets tabous)
    Pour finir à noël 2014 nous saurons les quels on retenu toute notre attention.
    A bonne entendeur salut et merci .
    Claude Bally ( jardinier )

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