«Etablir la paix du Christ dans un monde divisé et brisé. Soyons des bâtisseurs de paix!» par David Valdez

vendredi 10 janvier 2014

En 2010, David Valdez, pasteur dans l’Eglise évangélique libre de Neuchâtel (FREE), était au Cap en Afrique du Sud, au troisième Congrès de Lausanne pour l’évangélisation du monde. Il nous propose ici une réflexion sur le deuxième volet de l’appel à l’action de « L’Engagement du Cap », le document qui fait suite à ce congrès. Ce volet s’intitule : Etablir la paix du Christ dans un monde divisé et brisé.

La première partie de « L’Engagement du Cap » (1) rappelle le contenu doctrinal de la foi chrétienne ; les cinq premiers points traitent de notre amour pour la personne de Dieu. En effet, nous aimons le Dieu vivant, le Dieu Père, Fils et Saint Esprit. Les cinq points suivants de la première partie du document concernent notre amour pour la parole de Dieu, le monde, l’Evangile, les êtres humains et les missions. La deuxième partie de ce document est un appel à l’action. Cet appel se présente en six points. Dans mon article précédent (2), j’ai rappelé que le premier encourageait à « porter témoignage à Jésus-Christ et à l’ensemble de son enseignement partout dans le monde… »

Etablir la paix du Christ
Le deuxième thème abordé dans l’appel à l’action du Cap est celui de la réconciliation. Les Eglises sont appelées à faire en sorte que les chrétiens soient des bâtisseurs de la paix du Christ dans un monde meurtri. En observant le monde dans lequel nous vivons, nous sommes bien conscients que celui-ci est meurtri de par la faute de l’être humain, qui est prêt à tout pour accumuler des richesses et du pouvoir. Cependant, il est juste de souligner que l’Eglise n’est pas étrangère à la situation délicate du monde dans lequel nous vivons. Lors du congrès, le témoignage d’Antoine Rutayisire a été très interpellant. Ce Rwandais a montré du doigt des facteurs qui ont conduit à des tensions ethniques dans son pays, provoquant dans les années 90 le massacre d’un million de Tutsis sur une période de 100 jours. Il a par exemple affirmé que le message de l’Evangile avait été apporté seulement de manière sélective, que l’Evangile proclamé par les missionnaires de l’époque n’a pas tenu compte des besoins de la population et que, bien que le pays ait expérimenté une période de Réveil durant plusieurs décennies, la repentance des chrétiens n’avait plus été nourrie par la suite. Antoine Rutayisire a également insisté sur le fait que les missionnaires ont présenté une foi trop intellectuelle pour un peuple qui avait l’habitude de vivre une foi expérimentale.
En lisant l’enseignement du Christ dans le Sermon sur la montagne, le chrétien découvre qu’il est le sel de la terre et la lumière du monde et que, de ce fait, il est invité à mener une vie radicalement différente. Dans son dernier livre (3), John Stott souligne que Dieu appelle son peuple à la sainteté (« Soyez saints, car je suis saint », Lv 11,45), que le Christ demande aux disciples d’être différents. En parlant des hypocrites et des païens, Jésus dit à ses disciples : « Ne faites pas comme eux » (Mt 6,8). L’apôtre Paul ne fait que confirmer les enseignements précédents en écrivant : « Ne vous conformez pas au monde, mais soyez transformés par le renouvellement de votre intelligence pour discerner quelle est la volonté de Dieu… » (Rm 12,2).
Le Christ appelle ses disciples à ne pas préserver leur sainteté en se séparant du monde ou à sacrifier leur sainteté en se conformant au monde, mais il leur demande d’y être ses témoins, c’est-à-dire des bâtisseurs de Sa paix. Comment le chrétien pourrait-il « être présent au monde » et y être un témoin de la paix du Christ ? Le deuxième point de cet appel du Cap insiste sur trois réalités incontournables pour que le monde meurtri soit transformé par la paix de Dieu.
 
D’abord la réconciliation avec Dieu !
Premièrement, la réconciliation avec Dieu est une réalité fondamentale. Dans son exposé biblique sur le deuxième chapitre de la lettre aux Ephésiens, Ruth Padilla De Borst a souligné le fait que Paul rappelle à ses lecteurs que, par sa grâce, le Christ recrée et institue de manière nouvelle notre humanité à son image (2,4). Le chrétien est passé de la poussière à la gloire sans le moindre effort, grâce à l’intervention du Christ. Jésus a connu les tensions annoncées par les prophètes, et, par sa mort sur la croix, le rideau du temple s’est déchiré et a permis à quiconque de s’approcher de Dieu. C’est par le sang du Christ que la paix avec Dieu est à la disposition de quiconque désire se tourner vers Dieu, et que la réconciliation avec lui devient possible. La paix avec Dieu est donc l’étape incontournable que nous devons traverser pour commencer une vie nouvelle en Christ, par lui et pour lui. Il va ainsi nous permettre de découvrir la nouvelle identité qu’il nous a donnée. C’est ainsi que nous comprenons que nous avons été créés en Jésus-Christ pour des œuvres bonnes que Dieu a préparées d’avance (2,10) et que nous allons tout faire pour accomplir de telles œuvres. Sans ce changement radical du cœur, nous ne pourrons pas envisager de devenir des bâtisseurs de paix dans ce monde meurtri. Comment une telle vocation deviendra-t-elle apparente ? Cette question nous conduit à notre deuxième réalité.
 
Réconcilié avec son prochain
La réconciliation avec notre prochain est le fruit de notre réconciliation avec Dieu. En effet cette dernière est fondamentale et elle est inséparable de la réconciliation avec le prochain. Paul rappelle aux Ephésiens que le Christ est leur paix, lui qui a détruit le mur de séparation entre les juifs et les non-juifs (Ep 2,14). Toutes les personnes qui ont placé leur vie entre les mains du Christ sont maintenant concitoyens et donc membres de la famille de Dieu, et elles sont appelées à marcher ensemble. Jésus est venu en tant que prince de la paix. Il est venu établir cette paix non pas avec des armes, mais en offrant sa vie, en donnant la vue à l’aveugle, en guérissant celui qui avait la lèpre, en donnant à manger à celui qui avait faim, en libérant celui qui était oppressé, en réaffirmant la dignité des femmes, des enfants et des autres personnes qui étaient à l’époque marginalisées par la société juive. De plus, Jésus s’est adressé aux hommes et aux femmes pour qu’ils puissent se respecter réciproquement. Il a défié le riche pour qu’il réfléchisse aux implications de ses investissements.
Lors du congrès au Cap, les implications concrètes sont devenues une évidence pour chacun ; en visionnant une présentation de l’histoire de l’Eglise et en particulier en se focalisant sur les Actes des Apôtres, les participants ont été invités à se réjouir de la prédication passionnée de l’Evangile qui commence à Jérusalem, se poursuit jusqu’aux extrémités de la terre et qui touche à la fois les juifs et les non-juifs. Une telle proclamation s’accompagne de manifestations miraculeuses et de projets de solidarité.
Les orateurs du congrès ont rappelé que la proclamation de l’Evangile parmi les juifs était plus qu’une nécessité. Il a aussi été question de mettre tout en œuvre pour qu’un travail de réconciliation entre les différentes ethnies soit possible. Il a été demandé aux responsables d’Eglises d’enseigner la vérité biblique sur la diversité ethnique, en rappelant que la loyauté ethnique peut être un péché. L’Eglise est invitée à lutter concrètement contre les épurations ethniques ou d’autres persécutions semblables qui se perpétuent dans le monde. Elle devrait aussi prendre des dispositions pour lutter contre l’esclavage, le trafic des êtres humains, la pauvreté ; nous savons que beaucoup de personnes des pays pauvres viennent se réfugier chez nous. Elles sont bien souvent exploitées dans différents domaines de notre société : bâtiment, commerce du sexe… L’Eglise est donc invitée à remettre en question les facteurs socio-économiques et politiques qui conduisent à cette triste réalité.
 
Réconcilié avec l’environnement
Dernièrement, la réconciliation avec l’environnement est le troisième ingrédient incontournable pour devenir effectivement des bâtisseurs de paix dans ce monde. Dans un article qui a trait à l’histoire récente du Mouvement de Lausanne, René Padilla rappelle que la protection de l’écosystème a toujours été une question négligée par les évangéliques (4). Nous savons que le chrétien a été choisi pour s’occuper du jardin de Dieu (l’univers). L’Eglise est invitée à aider les chrétiens à adopter un style de vie qui ne conduit pas à la destruction de la planète. Le chrétien est appelé à tout mettre en œuvre pour persuader les autorités de prendre des mesures adéquates. Il est important qu’il soutienne des personnes et des organisations chrétiennes qui ont reçu un tel appel ; concrètement une bonne utilisation des ressources au travers de l’agriculture, de l’industrie et de la médecine est prépondérante pour la protection de notre environnement. Que l’Eglise soutienne également les personnes qui sont engagées dans la protection des espèces et la restauration des habitats naturels.
Pour conclure, nous prenons conscience que l’Eglise fait face à de nombreux défis dans lesquels elle doit s’engager. Le chrétien a bénéficié de la paix de Dieu en Christ ; qu’il puisse à son tour apporter et partager une telle paix dans un monde meurtri.
David Valdez
 
Notes
1 Coll., L’Engagement du Cap, Une confession de foi et un appel à l’action, Marpent, BLF Europe, 2011, 112 p. Voir aussi la version web de cet engagement.
3 John Stott, Le disciple : une vie radicale, Valence, LLB, 2012, p. 13.
4 René Padilla, « From Lausanne I to Lausanne III », Journal of Latin American Theology, 2010, pp. 19-51.
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