L’identité humaine remise en question

vendredi 12 mars 2021

L’identité humaine est remise en question dans plusieurs domaines : le mariage non limité à l’hétérosexualité, l’identité sexuelle aux multiples variantes, l’antispécisme… Ces remises en question sont intéressantes d’un point de vue intellectuel. Mais, appliquées à notre société, elles en sapent les structures.

La poésie est indispensable à la vie de l’esprit, ce qui explique qu’elle soit si présente dans la Bible. C’est elle qui, dans le regard que nous portons sur le monde, nous permet d’en saisir la double nature : à la fois matérielle et immatérielle, sociale et spirituelle.

En fluidifiant notre perception de la réalité, la poésie nous permet de voir au-delà des pratiques établies et d’envisager d’autres rapports au monde. Mais alors qu’elle peut être critique des formes que prend notre « réalité » quotidienne, la poésie est elle-même jugée par les choses « telles qu’elles sont ». Car, si la poésie préserve sa dimension spirituelle à une société en partie déterminée par le monde physique et ses lois, le rêve poétique devient toxique s’il entreprend de nous persuader qu’il est possible de nier les contraintes du monde physique.

On ne peut tout simplement pas vivre en opposant matière et esprit, réalisme et poésie. Remplacer la « réalité » par nos conceptions imaginaires est tout aussi problématique que de réduire cette « réalité » à sa dimension matérielle et pratique. Cela conduit aux formes d’irrationalité les plus dogmatiques.

Un individualisme extrême

Or, on vit aujourd’hui sous la pression d’une conception individualiste extrême de l’homme, une forme d’hyperhumanisme qui prétend manipuler à sa guise des aspects fondamentaux de notre identité. Certains le font en redéfinissant leur rapport au monde animal, d’autres en affirmant, contre toute évidence biologique et psychologique, qu’être homme ou femme doit être laissé à la libre détermination de chacun et, d’autres encore, ou les mêmes, en dénonçant la notion traditionnelle du mariage.

Cette nouvelle utopie humaniste nous assure en effet que l’homme a le pouvoir (et le devoir) de se libérer de catégories nées de l’observation biologique et de l’assignation de genre qu’imposerait la tradition chrétienne. Il n’y aurait ainsi aucune limite à la capacité de chacun de librement déterminer sa personne.

Mais ce nouvel humanisme ne provoque-t-il pas plus de problèmes qu’il ne prétend en résoudre ? Un point semble en tout cas incontestable : l’harmonie du monde et de nos vies individuelles dépend des rapports équilibrés que nous réussissons ou pas à maintenir entre les aspects biologiques, sociaux et spirituels de notre personne.

Le rêve et la réalité

Enfant, il nous est peut-être arrivé de rêver d’une maison dont le toit était en feuilles de chocolat, les murs en massepain, le pavement en nougat et l’isolation en barbe à papa. Mais, même enfant, nous n’aurions jamais choisi de vivre dans une telle demeure.

Un constat identique s’impose aujourd’hui : faire du mariage un contrat non limité à l’hétérosexualité, considérer l’identité sexuelle comme ouverte à une infinité de variantes et imaginer les animaux en êtres égaux en droits avec l’homme, revient à rêver la vie et à répudier toute rationalité. Cela consiste à nier le fait que, comme la maison construire en sucreries, une telle conception de l’être humain n’est pas « viable » sur plusieurs générations parce qu’elle brouille radicalement le sens de ce qu’être humain signifie. Or, sans conscience claire et stable de ce que nous sommes, il est impossible de mener une vie saine et maintenir un haut niveau de civilisation dans la durée.

Il est parfaitement légitime de dénoncer le mariage quand il est conçu comme une institution d’enfermement, la différenciation des sexes comme un moyen d’oppression et le spécisme comme une légitimation de la cruauté exercée sur les animaux. Cependant, on ne soigne pas ces maux en modifiant radicalement le sens du mariage, en niant l’identité double de l’être humain et en plaçant l’animal sur le même plan moral que l’homme. On les soigne en redécouvrant que Dieu a créé l’être humain – homme et femme – à son image, qu’il a prévu pour eux la possibilité d’entrer dans une alliance de vie (mariage), afin qu’à travers sa descendance l’être humain découvre le monde créé pour lui, l’habite et le cultive. Surtout, on les soigne en invitant le Christ dans nos vies parce que, sans lui, personne n’est capable de vivre de façon satisfaisante ce que Dieu a conçu pour nous.

L’alliance d’un homme et d’une femme dans le mariage, leurs identités complémentaires et leur mission spécifique dans la création nous structurent. Et la santé d’une société dépend directement de la compréhension que les individus qui la composent ont de ces éléments structurants. Vouloir s’en affranchir, c’est attaquer les fondements de cette société et prendre le risque, si la tendance se maintient, de provoquer son effondrement.

Vivre dans une société solide

« Vision catastrophiste ! », objecteront certains. « The times they are a-changin’, Mr. Jones ! », diront d’autres. Oui, les temps changent, mais comme l’Histoire en donne d’abondants exemples, pas toujours pour le mieux. Il semble par conséquent infiniment préférable de vivre dans une société solide, en accord avec la « structure » qui la porte – et avec Celui qui l’a conçue – que dans une société qui croit pouvoir s’en dispenser et n’est plus capable de distinguer sa droite de sa gauche.

Les utopies, quand on les prend à la lettre et décide de les mettre en œuvre, ont la fâcheuse habitude de se transformer en dystopie, en leur exacte inversion, en enfer. Elles naissent d’illusions généreuses et, lorsque l’expérience dément le rêve annoncé, c’est par la force et le mensonge que leurs auteurs cherchent à les maintenir.

A nous donc de veiller à préserver, en Christ, l’équilibre entre vision spirituelle et sens des réalités. Une nécessité dont on ne saurait ignorer l’importance sans mettre en péril notre propre santé mentale et notre civilisation.

Et si cela est absolument vrai pour nous, alors parlons-en ! Approchons ceux qui cherchent désespérément un apaisement à leurs tourments pour les aider à découvrir que le Christ est leur unique et véritable espoir, quoiqu’en disent ceux qui demandent que l’Etat légifère pour les préserver de Celui qui, seul, peut les réconcilier avec eux-mêmes et avec leur Créateur.

 

Christian Bibollet,
théologien, pasteur, auteur, conférencier et coordinateur
de l’Institut pour les questions relatives à l’islam (http://iqri.org),
un groupe de travail du Réseau évangélique suisse.

 

Opinion - avertissement

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