L'Irlande du Nord, 10 après l'accord de paix de Belfast

jeudi 30 octobre 2008

L’été dernier, Serge Carrel a eu l’occasion de se rendre en Irlande du Nord pour le compte des émissions religieuses de la RSR. Ce voyage intervenait 10 ans après un premier voyage sur place à l’occasion duquel il avait pu percevoir l’importance des Eglises et des chrétiens évangéliques nord-irlandais. Une série d’émissions radio ont déjà été diffusées sur les ondes de la RSR et un point sur la situation est à lire ici.

Pendant longtemps, l’Irlande du Nord a constitué une plaie purulente dans la conscience européenne. La « guerre civile » entre communautés a laissé sur le carreau plus de 3'600 morts entre la fin des années 60 et 1998, date de l’accord de paix de Belfast ou du Vendredi saint. Pour faire court, on parlait de conflit entre protestants et catholiques, en fait entre partisans du maintien d’un lien fort avec le Royaume-Uni – les unionistes – et partisans d’un rattachement de cette province à la République d’Irlande – les nationalistes.
10 ans après l’accord de paix de Belfast, la situation sur place a beaucoup changé. Dans le centre de Belfast, plus de Jeeps blindées qui patrouillent, plus de soldats en armes qui battent le pavé dans les endroits stratégiques, plus de fouilles à l’entrée des grands magasins. Mais des grues à de nombreux coins de rue et donc une foule de grands bâtiments en construction. La situation paraît paisible, comme dans n’importe quelle grande ville européenne. « 10 ans après l’accord de paix, Belfast est plus relax », commente son maire nationaliste, Tom Hartley, un élu du Sinn Féin, la branche politique de l’IRA (l’Armée républicaine irlandaise).

Une pacification visible jusque sur les peintures murales
Du côté des quartiers chauds, des quartiers populaires où les deux communautés se font face, le vent de la pacification souffle aussi. Leurs fameuses peintures murales affichent des traits moins guerriers. Voilà 10 ans, dans le quartier unioniste de Shankill Road, certaines montraient des hommes en armes prêts au combat. Aujourd’hui, on donne plus dans la commémoration du passé. Les fresques rappellent les origines nord-irlandaises d’un président des Etats-Unis du XIXe siècle, la bataille de la Somme en 1916 où de nombreux Nord-Irlandais ont perdu la vie, l’attachement à la couronne britannique par des représentations d’Elisabeth II... Une peinture murale évoque même un texte de la Bible, tiré du livre de l’Apocalypse (21,4) : « Il essuiera toute larme de leurs yeux... » De l’autre côté de la « Peace Line » qui sépare Shankill Road de Falls Road, les fresques sont plus internationales. Certes, Bobby Sands, le héros de la cause nationaliste, mort en prison suite à une grève de la faim en 1981, occupe plus d’un mur. Mais d’autres thèmes ont voix au chapitre : une critique de George W. Bush et de son action guerrière dans le monde, la solidarité avec des peuples qui mènent une lutte de libération comme les Palestiniens ou les Basques, la langue gaélique...
Dans ces quartiers néanmoins, les drapeaux aux couleurs du Royaume-Uni ou de la République d’Irlande sont toujours très présents. Tout particulièrement début juillet, la période de l’année où les marches de l’Ordre d’Orange, ces groupes d’hommes protestants, sont nombreuses dans l’ensemble de la province.

Une pasteure confiante dans l’avenir
« Je suis pleine d’espoir pour l’avenir de notre région, explique la pasteure Liz Hughes de la Paroisse presbytérienne « White House » à Newtownabbey, dans une banlieue chaude du nord de Belfast. Les habitants de l’Irlande du Nord commencent à considérer leur passé de violence comme un temps révolu et travaillent à la construction de bonnes relations entre communautés différentes. » Assise dans le hall d’entrée des bâtiments qui jouxtent son église, Liz Hughes évoque la période difficile qu’a traversée sa communauté au début des années 2000. En 2002, le lieu de culte de « White House » est détruit par un incendie intentionnel, certainement bouté par un représentant de la communauté nationaliste. « C’est surprenant comme une catastrophe peut rassembler des gens... Suite à ces événements, nous avons pu construire un partenariat avec divers groupes et communautés de notre région pour l’utilisation de nos locaux notamment. Depuis lors, nous n’avons plus connu durant l’été de troubles majeurs dans notre région. »

Les cours Alpha, source de rapprochement et de réconciliation
Aujourd’hui le lieu de culte est reconstruit. Il a même fière allure et accueille chaque dimanche une communauté qui connaît une certaine croissance grâce aux cours Alpha notamment. Ces cours sont mis sur pied en lien avec les paroisses catholiques et les Eglises évangéliques de la région. « Chaque fois que nous démarrons un cours, explique Liz Hughes, nous en parlons aux deux prêtres qui ont leur paroisse non loin de chez nous. Je leur demande ce qu’ils en pensent, puis, une fois que nous nous sommes mis d’accord, ils annoncent le cours aux membres de leur communauté et les encouragent à y participer. » Pour cette pasteure presbytérienne, c’est l’occasion de montrer au voisinage que catholiques et protestants peuvent faire des choses ensemble. « Ces rencontres font la vie dure aux divisions qui marquent notre région, lance-t-elle. De plus nous montrons que nous pouvons nous engager ensemble dans l’évangélisation des nombreuses personnes pour lesquelles la foi chrétienne revêt peu d’importance. »
Liz Hughes considère que l’on peut changer les théories politiques en vogue, qu’il est possible aussi de mettre en avant toutes sortes d’exemples de bonnes relations ou de partenariats positifs qui se sont tissés ces dernières années en Irlande du Nord, mais que « le plus difficile, c’est de changer les mentalités ». Et cette femme de raconter l’histoire d’une infirmière d’arrière-plan nationaliste qui a découvert la foi au travers d’un cours Alpha. « Au début tout agaçait cette infirmière », se rappelle-t-elle. La nourriture était « protestante », les chants étaient « protestants »... En fait, un malade avait un jour à l’hôpital refusé le verre d’eau que cette femme lui tendait, sous prétexte qu’elle était catholique. Il souhaitait n’avoir à faire qu’à des infirmières protestantes. « Cette femme a porté cette blessure pendant très longtemps, mais au travers des relations tissées dans le cours, elle a changé ! C’est beau de voir l’Esprit de Dieu abattre des barrières très réelles, construites pendant des années. »

Toujours pas d’accord sur l’essentiel !
« Il se passe beaucoup de choses très positives actuellement en Irlande du Nord, constate le théologien évangélique, David Porter, directeur jusqu’au printemps dernier du Centre pour un christianisme contemporain en Irlande (Centre for Contemporary Christianity in Ireland). Mais en ce qui concerne l’essentiel, nous n’avons pas résolu notre conflit : il n’y a toujours pas d’accord sur l’identité de l’Etat. » En cas de votation sur l’appartenance politique de l’Irlande du Nord, entre 45 et 47 pour-cent de la population voterait pour un rattachement à l’Irlande et entre 53 et 55 pour-cent pour le maintien dans le Royaume-Uni. « En fait, ajoute ce militant pour la paix, nous avons été d’accord de mettre cette question de côté et de travailler ensemble à la gestion des problèmes politiques courants. » Et c’est effectivement ce qui s’est passé ces dernières années.
Les deux partis centristes qui avaient signé l’accord de paix de Belfast en 1998, l’UUP (Ulster Unionist Party) de David Trimble et le Parti social démocrate (SDLP) de John Hume, ont dû laisser la place aux deux partis les plus extrêmes sur l’échiquier : le Sinn Féin, la branche politique de l’IRA, et le DUP (Democratic Unionist Party) du fameux pasteur de l’Eglise presbytérienne libre, Ian Paisley. A plus de 80 ans, ce dernier a même exercé la fonction de Premier ministre (First Minister) de l’Irlande du Nord entre mai 2007 et juin 2008, avec à ses côtés comme co-Premier ministre, Martin McGuinness, l’un des leaders historiques du Sinn Féin. « Pendant 30 ans, ces deux-là ont nourri le conflit par leurs décisions et par le rôle qu’ils ont joué dans leur communauté, lâche David Porter. Aujourd’hui beaucoup de gens peinent à comprendre qu’ils gouvernent ensemble notre région et se demandent pourquoi il a fallu tant de temps pour en arriver là ! C’est que la paix n’est jamais belle et le seul chemin qui y conduit, c’est d’avoir des ennemis qui commencent à travailler ensemble ! »
Même s’il affiche une certaine confiance face à l’avenir, David Porter émet toutefois quelques réserves. Il craint que, du côté des nationalistes, certains dissidents de l’IRA qui se sont tus jusqu’ici, considèrent les représentants du Sinn Féin comme « des vendus qui n’ont rien réussi pour unifier l’Irlande ». Côté unioniste, David Porter a peur de voir « la classe ouvrière protestante succomber à la violence. Ces gens sont déconnectés de leurs leaders et de leurs Eglises, et ils ne tirent que très peu de bénéfices économiques du processus de pacification actuel », complète-t-il.

Serge Carrel

A lire également : le portrait de David Porter qui est devenu ce printemps l’aumônier évangélique du maire nationaliste de Belfast, Tom Hartley.

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