Lieux de culte : plutôt adaptés que neutres

Divers auteurs mercredi 18 décembre 2019

« Pour être missionnels, doit-on désacraliser nos lieux de culte ? » Tel était le thème de réflexion de l’après-midi, lors de la Rencontre générale de la FREE, le 23 novembre 2019 à Nyon. Cette réflexion a été introduite, le matin, par une méditation de Myriam Matthey, pasteure dans l’Eglise évangélique « La Fraternelle », à Nyon. Ensuite, durant l’après-midi, une table ronde a rassemblé Marc Gallay, pasteur dans l’Eglise évangélique de Lonay, François Kunz, architecte à Genève et Jacques André, pasteur dans l’Eglise évangélique de Cologny. Il ne sera, semble-t-il, pas nécessaire de « désacraliser » nos lieux de cultes et de les transformer en salles polyvalentes pour les rendre missionnels. Par contre, ils auront souvent besoin d’être adaptés.

Méditation de Myriam Matthey, pasteure dans l’Eglise évangélique « La Fraternelle », à Nyon

« Ils me feront un sanctuaire, et je demeurerai au milieu d'eux. Vous vous conformerez exactement au modèle de la Demeure et au modèle de tous ses ustensiles, tels que je vais te les montrer » (Exode 25.8-9).

Les chapitres 25 à 27 de l’Exode décrivent la Tente de la Rencontre, le premier lieu de culte des israélites après leur sortie d’Egypte. Moïse a reçu de Dieu les instructions nécessaires à la construction d’un sanctuaire en même temps que les Tables de la Loi. Ainsi s’est développé la notion d’un lieu saint, consacré à Dieu : un lieu sacré. La Tente de la Rencontre pouvait se monter et se démonter facilement. Dieu y manifestait sa présence par une nuée le jour et une colonne de feu la nuit.

Des siècles plus tard, le roi Salomon a construit le premier Temple à Jérusalem. Celui-ci comprenait trois espaces distincts : la cour extérieure, le lieu saint et le lieu très saint. Ce Temple a été détruit et reconstruit. Jésus s’y est rendu plusieurs fois : d’abord avec ses parents, puis pour enseigner, dès le début de son ministère en Judée. Il a également déclaré : « Abattez ce Temple et, en trois jours, je le relèverai » (Jean 2.19). En effet, dans la Nouvelle Alliance, la maison de Dieu n’est plus un bâtiment, mais le corps du Christ !

Tout au long de l’histoire de l’Eglise, de nombreux bâtiments ont été construits dans le monde, afin de refléter la gloire de Dieu, de célébrer le culte, d’être un lieu d’accueil, de prières et parfois de refuge. Chaque bâtiment reflète quelque chose de notre rapport à Dieu et de notre appartenance à notre famille d’Eglises : orthodoxe, catholique, réformée, évangélique, anglicane, etc.

L’expérience de « La Fraternelle » à Nyon

Il y a quelques temps, nous avons rénové les locaux de notre Eglise. Pour commencer, nous avions décidé de rester dans nos locaux actuels au centre de Nyon. Cela impliquait que le bâtiment ne pourrait pas être agrandi en fonction de la croissance de l’Eglise.

Les changements les plus importants ont été de s’ouvrir sur la rue, en remplaçant les vitre fumées du rez-de-chaussée par des vitres transparentes. Mais l’ouverture a aussi consisté à assurer un accueil régulier des passants. Dans ce but, un coin lounge et un bar ont été aménagés.

La chapelle est devenue multi-usages grâce à un sol adapté, à des tables « escamotables », à une gestion centralisée de la sonorisation, de l’éclairage et des stores. Sa décoration, prise en charge par une décoratrice professionnelle, est à la fois fonctionnelle et chaleureuse. Du coup, les gens de l’Eglise se sentent à l’aise et osent plus facilement inviter des amis. De plus, nous avons pu accueillir des gens pour une exposition, une soirée Gospel, un temps de partage, voire pour visiter les lieux.

Quant aux locaux annexes, ils ont été réaménagés en collaboration avec les responsables de l’enfance. Et les aspects écologiques ont également été prises en compte.

Un bâtiment en huit questions

Un bâtiment d’Eglise nous interroge de plusieurs manières.

(1) Quel est son but ? A quoi sert-il ? La réponse peut sembler évidente. En fait, elle est vaste. Ce peut être un endroit où le corps du Christ rend un culte, un lieu de prière, un lieu pour rencontrer Dieu et se laisser aimer, un lieu de fraternité, un lieu d’accueil ouvert à tous, un lieu pour servir l’Eglise, un lieu pour adorer Dieu, un lieu pour être enseigné selon la Bible et grandir dans la foi.

(2) Que reflète-t-il de notre rapport à Dieu ? Une relation empreinte de silence, de respect, voir de crainte. Ou une relation faite de liberté, de vérité, de confiance, de communion avec Dieu, de grâce et de pardon.

(3) Quels éléments sont mis en avant ? Une bible, une table de communion, une croix, un banc pour les pénitents, un écran géant ou rien qui rappelle notre foi.

(4) Quel message le bâtiment véhicule-t-il ? Le bâtiment communique quelque chose par sa forme, son implantation géographique en ville ou à l’écart, son style lié à la date de sa construction, sa décoration intérieure, son rapport au monde extérieur : ouvert, lumineux ou plus discret.

(5) Lorsqu’une personne entre dans l’église, que comprend-elle ? Comme décode-t-elle ce lieu et ses symboles ? Aura-t-elle envie de revenir ? Parfois il existe un décalage entre ce que les gens pensent d’un bâtiment d’Eglise et la réalité de nos lieux de culte. Par exemple, il y a quelques semaines, des jeunes de Nyon, membres d’une troupe d’improvisation, ont utilisé notre chapelle. Ils ont été étonnés d’y trouver un coin lounge et un bar à l’entrée. A Moudon, le bâtiment comprend une salle de boxe. A Neuchâtel, la chapelle est un lieu chargé d’histoire.

(6) Comment pouvons rendre nos lieux de culte plus missionnel, lorsque c’est possible ? Chaque lieu de culte raconte une histoire. Certaines anciennes églises possèdent des fresques ou des vitraux qui racontent des scènes bibliques. C’est aussi une manière de présenter Dieu et le Christ. D’autres lieux sont une salle de concert, une salle de cinéma, voire un night club ou un mur de grimpe. Il existe une diversité de lieux pour diversité de missions.

(7) Eglise, maison de Dieu, lieu de prière… En quoi un bâtiment permet-il aux gens de s’approcher de Dieu et de le rencontrer ? Il peut offrir un espace de silence, de louange, de prière, d’enseignement… Mais le bâtiment ne fait pas tout ! La manière avec laquelle les gens sont accueillis est déterminante.

(8) Le bâtiment est-il au service de la vision de l’Eglise ? Il peut exister un décalage entre ce qu’un bâtiment peut offrir et ce que l’Eglise en attend. Parfois, un lieu de culte « décalé » peut convenir. C’est le cas du D-Club, à Lausanne, où ce sont des chrétiens, et non un bâtiment, qui rendent l’Eglise locale visible.

  • Encadré 1:

    Jacques André, pasteur FREE retraité : aspects bibliques et historiques

    « Il vous montrera, à l’étage, une grande pièce aménagée et toute prête… » (Lc 22.11)

    « Toute personne qui rentre dans une église, aujourd’hui, devrait y percevoir non les restes poussiéreux d’un culte ancien, mais les signes d’une assemblée joyeuse de se réunir autour de Jésus vivant. Ainsi aménager les églises est à la foi un acte pastoral et un acte d’évangélisation » (Jean-Marie Duthilleul, Liturgie et architecture).

    Le sacré dans l’Ancienne Alliance

    Avant de parler de « désacralisation », il convient de commencer par une mise au point de vocabulaire. Les termes qui évoquent le « sacré » sont assez variés dans nos traductions françaises de la Bible. Il faut prendre en compte les termes comme « saint », « sainteté », « sanctifier » ou encore « consacrer », « sacré », « purifier », « sanctuaire ». Ils sont le plus souvent utilisés pour traduire les mots de la famille de « qadôsh », en hébreu pour l’Ancien Testament, et ceux de la famille de « hagios », en grec pour le Nouveau Testament.

    L’Ancien Testament contient de nombreux faits et développements à propos de la question qui nous intéresse. Il suffit de penser au Temple avec son Lieu saint et son Lieu très saint (ou Saint des saints), sans parler de la ville sainte, de la terre sainte, et des différentes montagnes saintes : le Mont Horeb avec Moïse (Ge 3.5) ; le mont Garizim (vénéré par les samaritains, Jn 4.20). On peut évoquer aussi le mobilier, les objets, les ustensiles et vêtements sacrés utilisés pour le service du culte. « En ce qui concerne les humains, les objets, les temps et diverses autres choses, la sainteté est toujours liée à la proximité du Dieu saint et dépendante de celle-ci » (Le grand dictionnaire de la Bible, édition Excelsis).

    Autrement dit, ce qui « sacralise » un lieu, bibliquement parlant, c’est la proximité de la présence de Dieu par rapport à ce lieu. En effet, Dieu seul est saint par sa nature même. La sainteté est sa caractéristique fondamentale. C’est cet « attribut » de Dieu qui a tellement bouleversé Esaïe, au moment où Dieu l’appelait à son service : « Saint, saint, saint est le Seigneur des armées célestes. Toute la terre est pleine de sa gloire » (Es 6.3-4).

    Dans l’Ancienne Alliance la sacralisation de lieux, de personnes et d’objets est omniprésente. Mais qu’en est-il dans la Nouvelle Alliance, c’est-à-dire dans l’Eglise ?

    Le sacré dans la Nouvelle Alliance

    L’Evangile souligne un changement majeur. A la question de la femme samaritaine qui demande : « Nos ancêtres ont adorés sur cette montagne-ci. Vous autres, vous affirmez que l’endroit où l’on doit adorer, c’est Jérusalem » (Jn 4. 20), Jésus répond sans ambiguïté : « L’heure vient où il ne sera plus question de cette montagne, ni de Jérusalem, pour adorer le Père » (21). Autrement-dit, les lieux saints, légitimes ou non, n’ont plus lieu d’être.

    Par ailleurs, il faut bien comprendre que si, dans l’Ancien Testament, la sainteté peut concerner le comportement moral d’un individu, elle peut aussi concerner des aspects purement rituels et matériels, comme la sainteté d’un lieu, d’un vêtement sacerdotal, du mobilier du Temple, du chandelier, etc. On observe que « les conditions de sainteté sont exclusivement morales dans le Nouveau Testament », note le professeur professeur d'Ancien Testament Sylvain Romerowski. On observe donc une forme de désacralisation des lieux et des objets. Le sacré se concentre désormais sur une personne : le Messie, Jésus (Jn 4.26).

    Ce transfert du sacré, du Temple de Jérusalem à la personne de Jésus-Christ, marque un tournant majeur dans l’histoire biblique. C’est d’ailleurs le principal chef d’accusation porté contre Jésus lors de son procès devant le sanhédrin : « Cet homme que voici ne cesse de discourir contre ce lieu saint et contre la Loi de Moïse... » (Ac 6.13-14).

    Mais la question du sacré ne s’arrête pas à la personne de Jésus. Les chrétiens portent eux aussi la marque du sacré : « Comme des enfants obéissants, ne vous laissez plus diriger par les passions qui vous gouvernaient autrefois, au temps de votre ignorance. Au contraire, tout comme celui qui vous a appelés est saint, soyez saints dans tout votre comportement » (1Pi 1.14-16). Autrement-dit, le sacré n’est plus lié au Temple de Jérusalem, il est désormais dispersé à travers le monde et incarné par les chrétiens appelés à « diffuser le sacré » dans le monde, par leur comportement.

    Il faut également mentionner la dernière vision du nouveau ciel et de la nouvelle terre que nous rapporte l’Apocalypse : « Je ne vis aucun temple dans la ville. Son temple, c’est le Seigneur, le Dieu tout-puissant, ainsi que l’Agneau. La ville n’a besoin ni du soleil, ni de la lune pour l’éclairer, car la gloire de Dieu l’illumine et l’Agneau lui tient lieu de lampe » (Ap 22.22-23).

    L’Ecriture nous laisse entrevoir l’aboutissement du projet de Dieu. Dans la nouvelle terre et le nouveau ciel, la distinction entre profane et sacré n’aura plus lieu d’être. Tout, absolument tout, est sacralisé ! Le sacré irradie jusque dans les moindres recoins du royaume du Seigneur !

    Le sacré dans l’histoire de l’Eglise

    Nous notons que, de l’époque des Actes jusqu’au troisième siècle, les chrétiens se sont réunis dans des locaux modestes. Le Nouveau Testament parle régulièrement d’Eglises qui se réunissent, par exemple, dans la maison de Marie, à Jérusalem (Ac 12.12) ; chez Lydie, à Philippes, où Paul et Silas retrouvèrent tous les frères (Ac 16.40) ; chez Jason, à Thessalonique, (17.5-9) ; chez Aquilas et Prisca à Corinthe (1Co 16.19). Si les chrétiens se réunissaient dans des maisons particulières, c’est probablement qu’ils ne pouvaient pas faire autrement. Encore peu nombreux, avec des moyens souvent limités, devant faire profil bas en tant que religion illicite, ils aménageaient des lieux de culte qui étaient loin de ressembler aux basiliques et aux cathédrales du Moyen-âge !

    Il est intéressant de signaler que la plus ancienne « Eglise de maison » découverte date de 240. Elle est connue sous le nom de « Domus Ecclesiae » et se trouve dans un site archéologique en Syrie. Les vestiges, remarquablement conservés, permettent de constater que le bâtiment pouvait accueillir quelques dizaines de personnes. On y découvre des éléments d’aménagement intérieur bien marqués, tel qu’un baptistère et des fresques de scènes chrétiennes. Cette découverte est intéressante, notamment parce qu’elle date d’avant l’ère constantinienne, une époque où le christianisme n’était pas toujours le bienvenu.

    Mais, dès le quatrième siècle, avec la fin des persécutions d’Etat, on voit apparaître de grands édifices religieux ou le sacré tend à prendre de plus en plus de place. Des baptistères parfois monumentaux, des statues représentant des personnages biblique ou religieux marquants, des crucifix, des tables de communion qui deviennent peu à peu des autels ou se célèbre le service de l’eucharistie. Au tournant du premier millénaire, l’art du vitrail se développe avec les grandes ouvertures permises par l’architecture gothique. La comédie musicale « Notre Dame de Paris » y fait allusion : « Il est venu le temps des cathédrales. Le monde est entré dans un nouveau millénaire. L'homme a voulu monter vers les étoiles, écrire son histoire dans le verre ou dans la pierre ».

    Il est intéressant de noter que le virage pris à la suite des nouvelles orientations (aggiornamento) adoptées durant le concile de Vatican II, dans les années 1960, ont eu des répercussions sur les questions d’architecture et d’aménagement intérieur des églises catholiques. Celui-ci encourage un style beaucoup plus dépouillé et sobre. L’autel ne marque plus une séparation aussi nette que dans le passé entre le clergé et les simples fidèles.

    Pour autant, la notion de sacralité demeure un dogme incontournable, même si elle se fait plus discrète. Les lieux de culte catholiques doivent répondre à certaines exigences liturgiques et surtout être consacrés par l’évêque pour pouvoir être utilisé par les fidèles.

    Au seizième siècle, la Réforme protestante proteste ! La sacralisation des lieux de culte n’a pas lieu d’être aux yeux des premiers réformés. Ils jugent que la limite de l’idolâtrie a été franchie dans les édifices religieux catholiques. Et on assiste, en réaction parfois violente, à des destructions de statues, d’œuvres d’art et de symboles religieux considérés comme contraires au deuxième commandement : « Tu ne te feras point d'image taillée, ni de représentation quelconque des choses qui sont en haut dans les cieux, qui sont en bas sur la terre, et qui sont dans les eaux plus bas que la terre » (Ex 20.4). Bref c’est la désacralisation des lieux de culte en terre réformée... avec toutefois des différences notables, par exemple dans les milieux luthériens et anglicans.

    Pourtant, il suffit d’entrer dans un temple réformé pour y voir la marque de la spiritualité protestante clairement inscrite dans la disposition, le mobilier et la décoration du lieu. Une chaire imposante, symbole de la Parole de Dieu enseignée et prêchée, une table de communion centrale est massive, vitraux, orgue, robe pastorale. On peut parler d’une sacralisation, version réformée !

    Et les évangéliques dans tout ça ?

    Arrivés sur la scène de l’histoire dès le seizième siècle avec les mouvements anabaptistes, mais surtout à partir du dix-huitième siècle dans les pays anglo-saxons et du dix-neuvième siècle dans nos régions, nous ne disposons pas d’une longue tradition architecturale qui pourrait marquer la forme de nos lieux de cultes. En fait, on trouve un peu de tout dans la galaxie évangélique. De la monumentale « cathédrale de cristal » du pasteur Robert Schuller, près de Los Angeles (église devenue catholique depuis peu), au local le plus austère et fonctionnel où tout signe religieux semble banni, à part une modeste table de salon pour y disposer le pain et le vin.

    Mais, de plus en plus, une préoccupation missionnelle s’invite dans la réflexion : la question de l’accessibilité et de l’accueil dans nos locaux de la population qui nous entoure. A cette importante question, il faut en ajouter une autre, d’ordre pastoral : comment répondre aux besoins du peuple de Dieu sur le plan de l’espace ? Ce sont, parmi d’autres, de bonnes questions qui méritent largement une réflexion non seulement pratique, mais également théologique.

    Pour certains, le modèle « salle de spectacle » avec scène, micros, instruments de musique et grand écran semble pertinent, adapté, espère-t-on, à un public postmoderne. Mais il faut bien avouer que ce modèle marginalise la table de communion et la chaire. Il signale visuellement la faible importance accordée au repas du Seigneur et à la prédication de la Parole de Dieu.

    Ce qui est considéré comme approprié dans tel contexte pourrait être jugé choquant dans un autre. L’architecture (pour autant que ce soit possible), l’aménagement et la disposition de nos espaces de rencontre devraient par conséquent prendre en compte le principe du « je me fait tout à tous » cher à l’apôtre Paul (1Co 9.22).

    « Nous misons beaucoup sur l’accueil des personnes, mais la première impression est donnée par le cadre, l’atmosphère, et ce qui frappe l’œil, relève le pasteur baptiste français Thierry Huser. Nos bâtiments ont une importance, relative certes, mais réelle tout de même ! Investir dans des bâtiments accueillants est aussi un choix : sans vouloir faire du ‘grandiose’, l’investissement dans des bâtiments accueillants est un choix qui participe au ministère d’accueil de l’Eglise. Attention au regard qui s’habitue tellement à ses locaux qu’il n’est plus sensible à l’impression visuelle que peut ressentir celui qui arrive pour la première fois. »

  • Encadré 2:

    François Kunz, architecte à Genève : « Aujourd’hui, les église sont construites avec un désir d’ouverture sur le monde ».

    L’église (bâtiment), est-elle devenue un nouveau lieu profane ?

    L’église d’hier avait une forme particulière : la croix. Elle était un lieu stratégique et comportait des signes évidents : un clocher, un fronton, un parvis symbole de pouvoir, des dimensions et une opulence qui impressionnaient.

    Aujourd’hui, les église sont construites avec un désir d’ouverture sur le monde et d’inscription dans le paysage urbain. Elles doivent souvent permettre plusieurs usages : accueil de conférences et, parfois, salles de yoga. Les églises qui ont perdu leur utilité sont souvent transformées en bibliothèques, appartements, roller park avec mur de grimpe, etc.

    En fait, le « sacré » attaché à un bâtiment n’a de sens que pour les personnes qui en ont le sentiment, c’est-à-dire pour les croyants. Ainsi, les éléments architecturaux qui suggèrent le sacré n’apparaissent pas forcément aux yeux des profanes. Mais, pour suggérer le sacré, l’architecture dispose d’un grand vivier d’histoires, de symboles et d’images : le vide, le silence, la lumière, l’obscurité, la grandeur, la masse, la richesse, le dépouillement.

    Le culte chrétien n’a besoin que d’un « outillage » léger : une croix, une bible, éventuellement un baptistère. Un culte peut même se dérouler à l’extérieur. Mais une église est utile ! Comme l’a dit le Père de l’Eglise Jean Chrysostome (~345-407) : « L’église est la maison où Dieu rencontre ses créatures qu’il renvoie au monde ».

  • Encadré 3:

    Marc Gallay, pasteur à Lonay : « Les lieux de culte doivent donner envie de revenir ».

    Mon premier choc, comme nouveau pasteur dans la chapelle de Villard, à Lausanne, a été d’y découvrir une jolie fresque représentant l’institution de la Sainte-Cène, ainsi qu’un orgue magnifique. Le deuxième choc a été d’apprendre que la communauté avait l’obligation légale de rénover cette fresque classée, et que cela allait coûter 120’000 francs.

    La fresque et l’orgue sont des signes qui font beaucoup de sens pour nous chrétiens. Mais, actuellement, pour 80 % de la population, ils ont perdu leur signification. Plus largement, pour cette population, les symboles chrétiens de nos Eglises sont incompréhensibles ou, pire, interprétés de manière négative. Ainsi, lorsque nous avons mis la chapelle de Villard à disposition des habitants du quartier, pour des anniversaires par exemple, le bâtiment a été ouvert au public. Et nous avons constaté que, pour beaucoup de gens, la croix représente l’intolérance et les croisades.

    Un jour, à Lausanne, j’ai vu de loin une manifestation au-dessus de laquelle flottaient des drapeaux aux couleurs arc-en-ciel. J’ai compris qu’il s’agissait d’une manifestation LGBT… jusqu’au moment où, arrivé près des manifestants, je me suis rendu compte qu’il s’agissait d’une Marche pour Jésus ! Cela montre à quel point les symboles utilisés par chrétiens peuvent prendre un sens complètement différent dans notre culture actuelle. J’aimerais que les chrétiens en soient conscients.

    Mais il me semble que le principal symbole chrétien d’une Eglise, ce sont les chrétiens qui en font partie, eux-mêmes. Nous sommes une fresque !

    A l’époque où je travaillais au Gospel Center de Lausanne, et que nos cultes avaient lieu dans la « Salle des cantons » de la gare, des voyageurs passaient nous voir. Nous avons même accueilli de jeunes musulmans qui nous rejoignaient durant la louange. Ils préféraient notre style de musique à celui pratiqué dans la mosquée.

    Pour Dieu, le temple, c’est nous. Et toute la terre appartient à Dieu, y compris le D-Club, ce dancing branché du centre de Lausanne où le Gospel Center organise actuellement ses cultes. Le dancing est un lieu connu des gens... qui ne connaissent pas encore l’Evangile.

    Mon rêve est que notre manière de vivre soit attractive pour les non-chrétiens. Mais aussi que les lieux soient préparés avec une atmosphère qui donne envie de revenir. Nous sommes entourés d’une population qui aime l’art. Nous devons faire de nos lieux de culte des endroits ou la créativité est inspirante. Cela doit être sensible, accessible et inspirant.

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